jeudi 27 septembre 2012

Un ado, des muscles, des protéines


 Nous sommes, familialement parlant,  à composer avec l’adolescence. Un dernier sprint, un dernier soubresaut, une dernière virée. Notre troisième.


Ces temps-ci, le courant musculaire bat son plein, les muscles ont la cote, la virilité négocie avec le duvet. À chaque génération, son style. Le dernier de la tribu, connecté par intraveineuse à son ordi  depuis quelques années, vient de s’infiltrer dans la tendance bodyform.


Deux ou trois soirées par semaine sont consacrées à suer, à expectorer toutes les toxines du corps en hurlant des sons gutturaux avec le taekwondo. Enfin, il bouge. À fond la caisse.


Mais ce n’est pas suffisant. L’intensité s’agrippe aux neurones décisionnels. L’argument est de poids : plusieurs groupes musculaires sont en carence de sollicitations, proclame-t-il. Qu’à cela ne tienne, se dit-on, puisque nous rêvions du jour où les loisirs différeraient du Web. Nous entérinons la demande: l’inscrire au centre d’entraînement, sous le feu des appareils étincelants de promesses.

Une surabondance de produits poudrés avec images de body de fer – ou d’enfer – encercle la piste. Des étalages complets sont présentés afin de contribuer à la réussite du « programme ». Un surplus de protéines est essentiel à son développement, explique l'ado, articles et documentation à l’appui. Un nouveau vocabulaire est désormais introduit en matière de nutrition : protéines, glucides, fibres, minéraux. Celui qui a toujours chipoté devant les plats cuisinés « maison » réclame avec ardeur de la nourriture saine et nutritive, apporte des collations santé, lève le nez sur les croustilles. Il pèse le pour et le contre de ses choix alimentaires… et monte sur la balance de ses gestes. Qui l’eût cru! Un nouveau client pour le Bistro Jasmine.





mardi 21 août 2012

Un fils à Harvard et la maternité en lycra



Mon fils a été admis pour son doctorat en biophysique à l’université Harvard et au MIT (Boston), aussi à Columbia (N-Y) et enfin, à Irvine (Californie). Quand les portes du royaume des études s’ouvrent à toi, c’est que tu es tombé dans la marmite des possibilités. J’avoue qu’il existe des choix plus cruels que d’autres. Harvard a gagné. Il investira énergie, neurones, temps et projets dans l’antre de ce magnifique campus pour les cinq prochaines années.  

C’est à la fois festif, glorieux, magnifique, je sais. Car ce qui est le plus convoité dans le rôle de parent, c’est le legs à livrer dans le sac à dos des enfants, soit une certitude qu’on peut modeler ses rêves, qu’on peut faire avec, et dans le meilleur des cas, les réaliser. Donc, l’envol vient avec le kit.

Je sais, il y a Skype, l’autobus, l’avion, le courriel et tous nos moyens de communication qui nous rendent branchés 24/7. Mais, n’empêche, ça réclame l’extension du cordon de la maternité à chacune des étapes où ils s’éloignent du nid. Cette fois, c’est par de lumineux battements d’ailes et de synapses, par cette vibrante curiosité qui l’a toujours caractérisé, et avec ce regard pétillant qu’il s’installe présentement sur le campus de Harvard.

Avec tout l’amour qui chouchoute, je lui souhaite toute l’expansion et la passion qui s’inscrivent dans une vie qui se déploie avec volupté.

Son appart sur le campus de Harvard

mercredi 15 août 2012

Avec l'été qu'on a eu



Un mois de farniente, de chaleur, de baignade, de tablées dépareillées – chacun des ados ayant un biorythme perso —, d’horaires décousus liés au soleil et à la lune, ou encore à l’intrigue du polar qui me tenait en haleine. Jamais je n’aurais cru que rester chez moi pouvait être digne du concept vacances, mais avec l’été qu’on a eu, ce fût une bénédiction de me vautrer sous les arbres dodus de mon jardin. Côté calore, je suis rassasiée. J’ai fait le plein, le vide, et mon clavier est reposé de mes soubresauts de projets en accordéon. Je le retrouve avec émotion, comme un amoureux au retour d’un voyage en solo.

Je gigote sur ma chaise, explore quelques idées, bafouille quelques mots engourdis, scrute les vestiges glanés avant les vacances, explore un chapitre. Me lève, cuisine un pain, qui lève à son tour. Infuse du thé vert sencha Nagashima, change de vêtement, car le thermomètre s’échauffe au fil de la journée, touille une salade. Je vais faire une marche et savoure à plein le bonheur d’être en vie. Aussi simple que cela, sans raison extravagante. Une délicate liberté de pouvoir écrire, avec ce que tout cela comporte, en étant tout près des miens. Je nous souhaite un bon retour.



mardi 10 juillet 2012

L'été me colle à la peau


Ça respire l'été et, déjà, je suis enivrée. Le clavier joue de l'école buissonnière. La date des vacances râpe mon échéancier et j’essaie de tout boucler, de bien ficeler les derniers écrits qui tentent de se nicher dans les graminées en fleurs.  

J’écris un mot, une ligne, change le titre du chapitre. Je me lève, va infuser du thé. Lis Katherine Pancol qui, elle, pond son histoire à la vitesse grand V. Elle vient de s’installer pour trois mois en Normandie, au bord de la mer. Serait-ce là ce qui me manque? À coup sûr, j’aurais la pulsion de marcher sur le sable, amasser coquillages et minéraux de toutes sortes, me perdre dans le temps et le mouvement des vagues. Équipée d’un panier d’osier rempli de livres, de fruits, avec verres fumés et chapeau festif, je ne ferais que câliner ma table de travail au passage. J'aurais les excuses heureuses.

L’été me fascine, m’envoûte, me déride et me décrispe. Le soleil et la chaleur sont mes alliés, mes sources de vitalité, tel un écrin de dolce vita. Ces éléments de la nature me draguent de farniente. Et j’accuse cette saison estivale, lorsqu’elle s’affiche trop tôt dans mon horaire, de houspiller mes angoisses de performance.

J’infuse du thé à nouveau. Replace la pile de livres, en ouvrant un peu celui-ci, juste une page, et un tout petit peu celui-là. Voilà un cardinal dans mon jardin. Les arbrisseaux, vivaces et fougères, les fines herbes, quant à eux, font la parade devant mon écran.  Tout ce spectacle me rend gourmande. 


Il est grand temps de prendre du temps. Une pause, comme une brise. Même mon Bouddha, qui s'appuie sur l'arbre centenaire, se mêle de m'inviter à profiter, avec bienveillance, on dirait. Encore quelques jours, je lui réponds.



On se revoit en août. 

mercredi 20 juin 2012

Le 300e texte et le renard



Il doit faire 300 degrés à l’ombre. Le double, assurément,  dans mon bureau orienté en plein sud. Qu’à cela ne tienne, je me dis, j’écrirai pour souligner cette étape. Trois cents fois, à ma table, j’ai cogité, auditionné Glenn Gould, chantonné, douté, angoissé, palpité, me suis relevée pour infuser du thé vert, griffonné une myriade d’idées – sans rapport avec le texte à écrire —, ensuite corrigé et appuyer sur « publier ».

Je disais, donc, qu’il fait trois cents degrés, de quoi reconnaître que j’ai le sens de l’image, l’intensité et l’imagination. Dès mon réveil, ce matin, je flairais que la fée de la technologie et ses vertus – portable et Wi-Fi – aurait carillonné trois coups de baguette afin que cette journée soit distincte. Soit! Comment ne pas être trempée de bonheur, installée à l’ombre de mes arbres centenaires et du plan d’eau turquoise, clavier qui papillonne, avec galets du St-Laurent pour contenir ma liasse de papiers.

Avant d’aménager mon environnement d’écriture, je décide de faire une promenade en vélo dans les sentiers de la TransTerrebonne. Quelle ne fut pas ma surprise en quittant ma demeure, d’apercevoir un renard roux traversant la rue pour rejoindre le boisé. Un renard? Dans ma banlieue? Splendide créature. Avouez que c’est un coup bucolique orchestré…




Comme si cette journée veloutée tenait à sauvegarder sa texture, j’ai dégusté quelques instants un thriller de Preston & Child, Le violon du diable — essayant de m’extirper du Paris des années 20 de Madame Hemingway —. 
Une parcelle de bien-être dans une saison qui s’annonce... estivale.