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vendredi 22 janvier 2016

Comme par magie

Comme par magie,

J’ai terminé l’année 2015 en prenant la décision de mener ma guérison sur des sentiers que je baliserais moi-même. C’est le plus beau cadeau que j’aie pu m’offrir. Une fois débranchée des intraveineuses, et branchée sur une panoplie de gestes d’amour et de santé, je me suis délectée du livre de Elisabeth Gilbert, Comme par magie. Les liens ne sont pas décousus comme cela semble l’être.

Sunken Gardens, St-Petersburgh

Son essai porte sur le processus de création. J’ai été portée pendant des semaines par sa vision, sa définition d’une vie créative. D’après l’auteure, les idées sont vivantes : elles cherchent un lieu – un nid - pour s’implanter et se développer. Sortons nos antennes, chers amis, des découvertes potentielles voltigent au-dessus de nous et cherchent preneurs. Si vous développez cette idée et consacrez du temps et de l’énergie à son expansion, l’étincelle deviendra feu. 

Par exemple, elle raconte avoir entendu une histoire incroyable de construction de route au Brésil et de là, elle invente un roman, avec ses personnages et une intrigue amoureuse. Suite à des complications d’immigration de son amoureux, elle va le rejoindre en Australie, et quitte son roman pendant plus d’un an. « Au retour, on aurait dit que je m’étais fait voler le roman. Il n’avait plus d’âme, je n’avais plus de contact avec les personnages. Ils avaient quitté ». Et deux années plus tard, une amie de Californie lui raconte, lors d’un séminaire, son histoire en cours. C’était cette même histoire, à quelques nuances près! Et Elisabeth Gilbert n’avait jamais partagé ses plans de roman à personne. L’idée avait changé de nid, d’après elles, lorsqu’elles s’étaient quittées en se serrant dans les bras l’année précédente.  Intéressant, non?

Comme par magie, j’ai pu trouver une maison pour écrire pendant cinq semaines. Un lieu où, grâce au ciel, je reprends contact avec mes personnages, leur histoire, en décryptant mon rythme d’écriture (ou de création). Une force tentaculaire de la vie. C’est la dose parfaite de solitude dans un écrin d’affection, avec mon amie Mona, près d’ici.

En prime, grâce à  son sens d’orientation éclectique, anti-boussole intégrée et en conflit avec son GPS, la magie opère : on fait des visites imprévues, des découvertes fabuleuses de beauté, pour mon plus grand bonheur. Je deviens une machine à observer, à capter les conversations, les sons, les odeurs, les décors et paysages, bref, j’ai le bonheur de me raconter des histoires. Toutes les histoires que je veux.

Et je reprends mes marches quotidiennes, dans cette météo clémente, ce qui me donne des ailes tout en prenant racines dans mon essence. Un genre « feel good life ».





mercredi 15 août 2012

Avec l'été qu'on a eu



Un mois de farniente, de chaleur, de baignade, de tablées dépareillées – chacun des ados ayant un biorythme perso —, d’horaires décousus liés au soleil et à la lune, ou encore à l’intrigue du polar qui me tenait en haleine. Jamais je n’aurais cru que rester chez moi pouvait être digne du concept vacances, mais avec l’été qu’on a eu, ce fût une bénédiction de me vautrer sous les arbres dodus de mon jardin. Côté calore, je suis rassasiée. J’ai fait le plein, le vide, et mon clavier est reposé de mes soubresauts de projets en accordéon. Je le retrouve avec émotion, comme un amoureux au retour d’un voyage en solo.

Je gigote sur ma chaise, explore quelques idées, bafouille quelques mots engourdis, scrute les vestiges glanés avant les vacances, explore un chapitre. Me lève, cuisine un pain, qui lève à son tour. Infuse du thé vert sencha Nagashima, change de vêtement, car le thermomètre s’échauffe au fil de la journée, touille une salade. Je vais faire une marche et savoure à plein le bonheur d’être en vie. Aussi simple que cela, sans raison extravagante. Une délicate liberté de pouvoir écrire, avec ce que tout cela comporte, en étant tout près des miens. Je nous souhaite un bon retour.



mercredi 23 mai 2012

Je donne ma langue au chat


Les mots me résistent. Ils négocient, ils me traquent, se faufilent lorsque vient le moment de libeller le verbe. Je n’ai pas le contrôle, et c’est là tout le désarroi. Tant d’années à m’élever et à faire des arabesques pour les rejoindre, à m’illusionner sur l’aventure d’écrire.
Je suis inopérante à capter tous ces extraits de vie de personnages qui n’en font qu’à leur tête, qui préfèrent aller au jardin ou à la bibliothèque en vélo plutôt que de se nicher à ma table de travail. Pourtant, ils sont omniprésents. Toujours. On appelle ça du 24/7, je crois.
J’aménage un contexte, prends un virage, enfourche de nouvelles intentions, résous des conflits internes, cherche le paisley dans le fil de ma trame littéraire. Rien n’y fait, je n’ai pas le contrôle.

Je décide de confectionner un pain, de ranger la maisonnée, de récolter le fruit des arbres qui a inondé la cour. J'ouvre la fenêtre, hume le lilas, cherche dans le dico la définition d'illumination, tente de discerner les chants d'oiseaux, et, pourquoi pas, une brassée de lessive. 
En choisissant le blanc, je réalise que dans les faits, je n’étais pas à l’écoute. J’architecturais le programme, je jumelais les ingrédients, j'apposais des dates de tombées. Mais je n’accordais aucune souplesse pour arborer tout un éventail de virtualités. Je persévérais à enrôler mes personnages dans un cadre établi. Et ce n’est pas là qu’ils souhaitent grandir. Ils sont déterminés à planter un drapeau dans une contrée qui m’est inconnue.
Alors j’abandonne un peu de lest, fais un test sur du zeste de confiance. Je les aime après tout, ils me collent à la peau depuis des lustres. Si je suis responsable de les avoir mis au monde, je me devrais bien de leur procurer un milieu qui facilite l’expansion.
Pourquoi pas un gyokuro, avec ça? Mon marchand de thé a toute une vie dans ses récipients magiques.

jeudi 17 novembre 2011

Laissez parler les petits papiers...

J’essaie de dresser un horaire d’écriture comme on dompte un cheval sauvage. Le mien est fougueux, appâté par les carottes, époumoné par les courses et tâches dites domestiques. Le tohu-bohu du quotidien, un sentier à clairsemer jusqu'à l'éternité.

J’ai tout plein de petits cahiers, rouge, bourgogne à carreaux, des tablettes à feuilles jaunes, des fugaces papiers insérés ici et là dans ces reliures, des « post-it » plaqués partout. Aussi, un calepin à spirale qui me suit. J’y consigne des mots, des idées, des livres à lire, des rendez-vous. Des phrases qui s’acharnent dans mon cerveau jusqu’à le marteler. C’est la raison pour laquelle j’ai abdiqué et commencé à noter, plutôt que de jouer au conquistador avec cette vie parallèle – qui finit par bousculer, quand même. Mes personnages sont éparpillés comme une famille disloquée voulant se composer sous le même toit. Magella et Gloria, par exemple, ont des pans d’histoire dans tous les livrets.

Me retrouve donc écartelée entre ce beau monde, qui carillonne pour posséder chair et âme. Ils rechignent et dandinent dans mon espace jusqu’à la nuit, surtout la nuit. J’ai alors décidé de consacrer plusieurs jours à fouiner dans tous ces petits papiers et c’est l’évidence, il y a embouteillage de vies éparses et désarticulées chuchotant fiévreusement le manque de « scène ».



J’étale le tout, et agrège le matériel. Chaque personnage aura son cahier – quel plaisir de se perdre dans une papeterie—, et je me cramponnerai sur chacun d’eux, leur histoire, leur secret, leur envie, sur chaque bouffée de vie qui toquera à mes oreilles. Je vais remuer chaque lambeau et l’élever jusqu’à son lieu identitaire.

Ruminerai.
Apprendrai le phénomène de la fermentation.
Abriterai mes créatures avec une doudou lorsque j'entendrai : "Qu'est-ce qu'on mange?"