vendredi 11 mars 2011

L'importance de se dire notre importance

De tous les repas que nous prenons en grande pompe, à la hâte ou à la chandelle, je préfère le petit déjeuner. Le pain grillé, les fruits colorés plus vivants que nature, le thé sencha bien fumant, c’est comme un coin de mer bleue en plein hiver. C’est le premier geste annonciateur du reste de la journée. La musique choisie, les regards, les « good morning » bien sonnés, les tendresses et les sourires, les éclats de rire, le planning de chacun partagé entre deux bouchées de chocolatine et du smoothie, tous ces préludes sont les premières notes d’une composition qui feront un « tube » ou qui grincera dans les oreilles le jour durant.


On sous-estime l’importance des atmosphères, des mots du commencement de chaque instant, le matin étant propice au démarrage d’une énergie porteuse de créativité, de partage, d’énergie, qui se répandra comme des confettis au vent, contre pluies et bêtises du monde extérieur.

Mon chéri m’a dédié, par envoi de courriel, la chanson Raconte-moi, de Stacy Kent, sachant que mon rituel de démarrage d’écriture du matin se réchauffe sur le Web. Ce colis inattendu, mignonne et coquine attention, m’a fait craquer. J’ai même perdu en route mon thème planifié. Mon cerveau a bifurqué vers l’importance de se dire notre importance. Qui peut être certain que demain, on ne se retrouvera pas dans une zone sinistrée, une inondation, un tremblement de terre, ou une mise en échec débilitante sur une patinoire, qui, de surcroît, est tolérée.

Alors, profitons, profitons donc.

" Je ne demande rien de ta vie que de la vivre avec toi..."

jeudi 10 mars 2011

Mars, le têtu

Le mois de mars est résolument têtu. Il nous courtise avec des airs de printemps et, quelques matins plus tatd, reprend ses droits  avec un manteau de tempêtes nous rappellant que l'hiver n'est pas terminé. Il est convainquant. Vente de blanc. Plus blanc que blanc. Les enfants en sont toutefois heureux, car en congé scolaire.

Habillés mous, on se permet de flâner en écoutant - encore- Gilmore Girls, avec permission de grignoter devant la télé (des crudités pour eux, des biscuits de riz avec humus pour moi). L'autre ado est branché de toute part et s'amuse avec ses amis. Un air de plénitude derrière les fenêtres envahies par l'avalanche. Après une période - fortement suggérée- de travaux académiques, on plongera dans une histoire livresque.
Qu'il est bon d'être bien chez soi quand tout se bouscule dehors.


Je choisis une cuisine réconfortante. Ce midi, un gratin dauphinois pour eux (recette de Ricardo, revue de décembre), et un millet au kale et lentilles pour moi.

Ce soir, un couscous aux légumes honorera notre table et notre âme.

Ingrédients:

1/2 tasse de couscous de blé ou de manioc (pour les personnes intolérantes au blé)
Légumes coupés en morceaux:  1 oignon- 3 carottes - 1 courgette - 1 patate douce - céleri-rave- 2 panais
1 tasse de jus d'orange, d'eau ou de bouillon de légumes
Pois chiches en conserve, rincés et égouttés
Tomates en morceaux, en conserve
Mélange d'épices à couscous de la Clef des champs (1 à 2 c. à thé, au goût) ou coriandre, cumin, cari, thym, poivre
Sel rose ou fleur de sel à la fin de la cuisson

Faire sauter l'oignon jusqu'à transparence. Ajouter les autres légumes et les épices à couscous. Bien mélanger. Ajouter les tomates et environ 1 tasse d'eau jusqu'à recouvrement des légumes. Pendant la cuisson des légumes, déposer les grains de couscous dans un tajine et verser le liquide choisi. Laisser reposer.
Tranférer les légumes cuits dans le tajine, ensuite les pois chiches et enfin, ajuster l'assaisonnement.
Mettre au four préchauffé à 350 degrés pendant 15 à 20 minutes. Un pur délice!



mardi 8 mars 2011

Pour le meilleur et la maternité?

Nous sommes le 8 mars, Journée internationale des femmes. L’idée de souligner cette journée, à l’origine, était de percer le mur des iniquités et de l’oppression afin de créer une société qui favorise, de façon équitable, un milieu de vie où chacun prend sa place et peut s’accomplir. Tout ça, dans le meilleur des mondes.


Dans les faits, la condition féminine s’est améliorée, mais le fondement demeure le même. La majorité des femmes œuvrent dans l’ombre. Elles réussissent avec brio tout au long du parcours scolaire, encore plus performantes aux études supérieures. Toutefois, lorsque vient le moment de s’affranchir sur le marché du travail, elles sont moins rémunérées : en 2005, les femmes gagnaient en moyenne 26 800$ par année, comparativement à 41 900$ par année pour les hommes. Elles n’occupent qu’à 14 % les conseils d’administration, et constituent 68 % du personnel à temps partiel. Finalement, 60 % des personnes recevant le salaire minimum sont des femmes. La question qui suit nous taraude tous : pourquoi?

Parce que les femmes sont encore tributaires de la vie familiale, même si on perçoit de plus en plus d’engagements de la part des pères. Elles portent la maternité dans leur bedon rond, mais aussi sur les épaules. Elles sont enceintes, bien sûr, avec la responsabilité de la santé, celle de procurer au petit tout ce qui contribuera au meilleur développement. Elles s’engagent dans l’allaitement, toujours pour le meilleur, exigent d’elles-mêmes une présence – ou omniprésence — au plus-que-parfait, pour le meilleur équilibre de la famille. Elles assurent souvent (et encore) plus de tâches domestiques pour le meilleur environnement du nid. Elles s’appliquent à la supervision et à l’aide aux travaux scolaires, pour la meilleure réussite des rejetons. Elles entendent en écho, de la vallée des intervenants du milieu médical et psychologique, LEUR responsabilité au regard d’une problématique avec l’enfant. Bref, c’est la faute de la mère, quoi qu’il advienne.

On nous dit que c’est un choix. D’accord. Si vénérable, louable et pétillant soit-il, il n’en demeure pas moins que peu importe l’historique féminin, soit mettre au monde les enfants, investir de son temps et son savoir, les nourrir, les éduquer, en prendre soin et les soigner, veiller à l'harmonie du nid, la femme finira ses jours plus pauvre que son chéri, son voisin, son frère. Elle cumulera moins d’ancienneté lors de son parcours professionnel, parviendra plus difficilement à s’assurer d’une épargne en cas d’arrêt de travail, de maladie, d’événements imprévisibles, ou de séparations. Elle n’aura pas nécessairement accès à certains postes, car mine de rien, on se positionne encore selon sa disponibilité entière ou partielle (entendre avec ou sans enfants) à l’entreprise. Plusieurs femmes refuseront certains défis professionnels ou artistiques, car c'est encore difficile à concilier par le peu de mesures de soutien.


Certaines seront médaillées « platine » en acrobatie de vie personnelle-sociale-familiale-travail et goûteront à l'accomplissement dans plusieurs sphères de vie. D’autres se retrouveront seules, le cœur meurtri d’avoir trop donné et amères d’avoir perdu le combat féministe. La reconnaissance du travail féminin, au cœur d’une société, est loin d’être achevée. Courage, les filles. L’aventure humaine est encore à ses balbutiements.

Lire : Les femmes dans le rétroviseur, de Lise Payette, Le Devoir, 8 mars 2011. Quelques souvenirs d’enseignements exposés aux filles afin de les préparer au mariage. Et ce n’est pas issu de l’âge des cavernes.

jeudi 3 mars 2011

Des matins glorieux

Ce matin, je suis allée me promener dans l’Île-des-Moulins. Le froid était saisissant, griffant presque le visage, et la rivière semblait fougueuse et ragaillardie. En même temps, une énergie printanière se faufilait dans une bruine discrète.


Je marchais d’un bon pas, emballée de duvet, juste assez pour ne pas grelotter et pas trop pour me sentir sanglée dans mes vêtements d’hiver. La note parfaite. Au fil du temps, je reconnais certains marcheurs, ce ajoutant du soleil à la lumière de l’aube. En souriant à chaque oiseau et chaque randonneur, j’ai pris conscience d’un rituel de notre tribu. Les gens se saluent d’emblée dès le croisement d’une âme piétonne. Quel plaisir! Systématiquement, ils nous offrent des souhaits de « bonne journée », sans distinction d’âge, de couleur ou d’accoutrement. Et au moment où l'on quitte les sentiers, chacun reprend sa vie indépendante en s’isolant de quelques pas de ce contact chaleureux. Étrange, non? Qui, au garage, à l’épicerie ou au centre commercial vous salue de cette manière en matinée? On se questionnerait sur ses intentions…

J’ai goûté à plein régime de ce matin glorieux. Un bout de rivière était gelé, mais un espace s’éventrait en plein milieu, où le jaillissement d’une eau limpide ne demandait qu’à s’exprimer. C’est du moins mon interprétation. Et c’est là que j’ai eu une idée : partir à Paris, la lumineuse, en mai, en solo. Me promener dans les jardins florissants, bouquiner, lire et écrire dans les cafés et les bistrots, laisser émerger des liasses d’inspiration, explorer les musées et dénicher des petits racoins en marchant jusqu’à satiété. Se perdre dans Paris, juste pour le plaisir de découvrir. Me retrouver, juste pour la lumière qui jaillit lorsqu’on risque de s’affranchir de notre zone de confort. Comme le courant d’eau qui exulte de sa masse glacée.

mardi 1 mars 2011

Sans viande pour âmes sensibles

Mars est le mois de la nutrition. Depuis vendredi dernier, Josée Blanchette, journaliste au Devoir, nous a abreuvés d’informations concernant le traitement des animaux abattus pour notre gargantuesque consommation de viandes. Elle annonce la parution du livre Faut-il manger les animaux? , de Jonathan Safran Foer, ce qui provoque, d’entrée de jeu, une remise en question de nos habitudes alimentaires nord-américaines. Il est tout de même stupéfiant de constater que nous ne voulons pas connaître les us et coutumes de notre production agricole, car nous sommes dépendants et trop « attachés » à notre routine de cuisine. Il semble plus aisé – et moins culpabilisant — de lever le drapeau sur les gestes odieux posés dans les autres pays. Et ne pas reconnaître ce qui se fait chez nous.


« Je ne vous fais pas grâce des cochons qu’on sèvre à quinze jours (plutôt que quinze semaines dans la nature), à qui on arrache les dents, coupe la queue et testicules à froid (les anesthésiants coûtent cher), à qui on retire le gêne du « stress » (parce qu’il affecte la viande), des truies qui accouchent dans leur merde (lisier). (…) Je ne vous fais pas grâce des poulets qui vivent plus près de l’agonie que du paradis, dans des cages où on a d’autres choix que de les débecquer et qui bénéficient de l’espace vital de la dimension d’un livre ouvert. Je vous fais grâce du transport et de toutes les étapes de l’abattage, un pur cauchemar. » Le Devoir, vendredi 25 février 2011

J’ai visionné sur son blogue, hier, le clip Sans viande, avec sexe et sans regret. J'anticipais la difficulté à constater la vérité. Allons-nous faire l’autruche encore bien longtemps, me suis-je dit, et faire comme si on ne le savait pas? J’ai plongé. Regardé. Bouché les oreilles un moment. Supporter les nausées avec la chair de poule, pour me permettre ce jeu de mots. Me suis répétée que nous sommes complices de ces atrocités à chaque fois que l’on achète de la viande au supermarché (450 milliards d’animaux élevés industriellement chaque année sur la planète, selon la FAO (Food and Agriculture Organization).

Nous avons toutes les connaissances pour faire autrement. Les richesses agricoles ont de quoi nourrir toute la planète. Privilégier des lentilles plutôt que du foie gras, voilà un menu où j’ai la conscience tranquille. Choisir des petits éleveurs locaux où l’on est certains que les animaux sont bien traités. Remettre en promotion mes livres de recettes végétariennes. S'affranchir de la psychose des protéines. Dénicher et encourager des restos où l’on offre des mets qui nous ravitaillent vraiment.

Si vous n’êtes pas convaincus après ce clip, vous pouvez poursuivre votre réflexion en visionnant le film d’Hugo Latulipe, sur le site de l’ONF : Bacon, le film (2001). Juste à temps avant d’acheter les jambons de Pâques.

Qu’on ose me parler désormais du terrorisme d'ailleurs.