jeudi 16 septembre 2010

Le temps des bas dodus

Bien que je sois du genre polyvalente, non routinière et adorant les surprises, je constate que la venue de l’automne m’amène dans une zone endeuillée. J’ai profité au centuple de l’été, mais la fraîcheur du matin me saisit de frissons. Je regarde béatement ma garde-robe, fouillant pour dénicher des tenues cocooning, ce qui me ferait absorber le choc frisquet. Mis à part les joggings, les ouatés, les vêtements mous, bref, je n’y déniche rien d’intéressant.


Je devrai m’y faire, car on vit avec les saisons. L’automne est particulier dans ce qu’il annonce comme une longue plage déclinante en lumière et en chaleur. Les nuits réclament donc d’être plus longues. Pourquoi ne pas s’ouvrir aux histoires de la nuit?

L’énergie n’est plus la même, il faut donc revisiter notre rythme, frôler des moments de répit et ouvrir les portes de l’imaginaire plutôt que celles de la véranda. C’est une invitation à plonger dans les livres, à se réchauffer au coin du feu, à se chausser de bas dodus et à écouter Louis Amstrong.

mercredi 15 septembre 2010

Du soutien des amis

Je crois que j’ai assez vécu assez longtemps pour me permettre d’abriter des contradictions énigmatiques — c’est Elisabeth Gilbert qui me l’autorise dans Mes alliances—. D’une journée à l’autre, l’état émotif et créatif est digne des variations de la Bourse. Ce matin, il me semble que tout chute, qu’il s’agisse des idées, de la forme, de l’optimisme ou de la foi. Hier encore, j’avais de la difficulté à gérer TOUTES les possibilités, à un point tel qu’il m’aurait fallu les quantifier dans un programme Excel. Mais là, la route est jonchée d’énigmes. Par où commencer? Cette idée de récit est saugrenue, ridicule, irréalisable et, de toute façon, personne ne s’y intéressera.

J’ai une propension au mélodrame dans ce type de circonstance. J’ai laissé la place au démon du perfectionnisme, le frère du doute. Je cherche donc des excuses pour ne pas m’attabler à mon écran : si j’écoutais Glenn Gould joue Bach, ou encore Petite messe solennelle de Rossini, tout reviendrait dans l’ordre. Évidemment, je ne détiens pas ces compilations, et à moins de bondieuseries, mon amie Édith ne se téléportera pas de Saint-Bruno pour venir à mon secours. De toute façon, elle m’éjecterait de mon catalogue d’angoisse et me dirait qu’il y a des jours comme celui-ci, et que c’est cela le cycle de la créativité, des saisons creuses et des saisons d’opulence.

« Depuis le début des temps, les femmes avancent. Elles s’ajustent, elles s’adaptent, elles glissent, elles acceptent. Leur malléabilité les rend puissantes, elle leur confère presque un pouvoir surhumain ». E. Gilbert

Autre excuse, des douleurs voraces au dos me concèdent une énergie d’automne, qui me donnent l’envie de retourner au lit plutôt que de travailler. Si j’appelais une amie, Sylvie, elle me dirait d’aller doucement prendre une marche; Mireille, elle, m’inciterait au repos; avec Ginette, on discuterait jusqu’à dénicher la peur qui se cache derrière tout ça; Richard et Benoît, quant à eux, m’inviteraient à dîner et à déguster un thé, tout ce qu’il y a de plus pragmatique et structurant (résiste jusqu’à midi ma belle, on arrive!). France, bien sûr, me rappellerait que le processus est en marche car JE SUIS à mon ordi à écrire! Avec Renée, notre échange viendrait à bout de n’importe quel blocage. Mon amoureux, inconditionnel partisan, m’inciterait à m’amuser, puisque j’ai l’éternité devant moi.
La notion de soutien est ce qu’il y a de plus précieux au monde. Toute réussite est tributaire de soutien, qu’il s’agisse de la famille ou d’amis qui sont là, juste au moment où la confiance vacille, lors de la traversée. Ce sont nos complices. Ils nourrissent notre talent et croient en nous. Ils sont généreux, car jamais ils ne vont diminuer le rêve d’autrui. Ils sont tenaces et présument de la méthode essai/erreur, ils sont loyaux et ont de la vision. Ils estiment le processus. Pour eux, cite Julia Cameron, un roman rejeté par les éditeurs « est simplement en attente de croiser la bonne personne » et ils nous ramènent à l’ordre en disant : « vois tout ce que tu as accompli ».

Nous avons la responsabilité de choisir nos amis, car ils sont un hectare de diamants dans notre cour.

Don't misunderstand me, écrite par Sari Dajani

mardi 14 septembre 2010

École et écologie

Dès que les enfants déposent un premier pied hésitant à la garderie ou à l’école, ils reviennent systématiquement traumatisés par le temps qui leur reste… Je ne parle pas des années d’instruction à subir, quoique certains acquiesceraient, mais plutôt de la panique transmise par rapport au sort de la planète. À noter que je suis tout à fait pour la sensibilisation écologique, la prise de conscience des gestes que nous posons, du fait que nous sommes fragiles et que notre planète a des limites. Je trouve tout cela important, voire primordial, mais c’est comme si la cible était mal choisie, ou le moment, ou la façon, c’est selon.

Mon questionnement est dû au fait qu’on leur parle d’écologie et d’environnement qu’intellectuellement et qu’en matière de désastre, de danger. Je me rappelle les grands yeux bleus de mon fils, au retour de la maternelle, me demandant quand nous allions mourir, car on risquait d’exploser d’un instant à l’autre.

Pour avoir œuvré dans le monde de l’éducation pendant environ vingt-cinq ans, je témoigne du fait qu’il était tout à fait loufoque de prévoir une sortie en forêt, dans la nature non « organisée », pédagogiquement parlant. On pouvait aller au Biodôme, à l’Aquarium, mais pas aller faire une simple promenade dans le bois. On aime la structure et le spectaculaire.


L’article de Jean Paré, École : le déficit environnemental, décrit parfaitement l’état de la situation dans la revue de planification stratégique de l’université de Sherbrooke. « Pour protéger ce qui nous reste de la nature, il faut l’aimer; pour l’aimer, il faut la connaître. Or comment le bambin d’aujourd’hui, promis dès le jardin d’enfants et pour une vingtaine d’années aux murs des institutions, souvent sans fenêtres, aux cours de récréation pavées et cernées de clôtures de métal et aux écrans cathodiques, pourrait-il connaître la nature? Les sorties pédagogiques? Elles sont à la cabane à sucre ou à la station de ski. Aujourd’hui, à six ans, on sait tout sur les pingouins, mais on n’a jamais été surpris par une perdrix. On mange de l’oméga-3, mais on n’a jamais goûté une truite fraîche qui glisse entre les doigts. On a vu la Biosphère, les agoutis et le capibara, même le T-Rex. Mais la nature est absente. Le showbiz l’occulte. »

Notre rapport à l'environnement est statistique. On nous rapporte des recherches annonçant le pourcentage de glaciers qui fondent, des donnnées actuarielles sur le réchauffement de la planète, les espèces en voie de disparition, les reportages choc qui nous bouleversent sur l'écran mais qui sont loin de notre cour. Dans la vie concrète, mes enfants quittent la maison ce matin pour une école presque sans fenêtres, et ont visionné, grâce à ma persuation, Le peuple migrateur, mais ne connaissent rien des cinq milliards d'oiseaux de la grande forêt canadienne, qui sont pour la plupart des oiseaux tropicaux en visite de migration. Mes enfants s'intéressent aux îles tropicales elles-mêmes et à l'airbus qui survolera dans le ciel pour s'y rendent.  Tout ça est typique de leur génératon à la pensée magique. Toutefois, je me préserve de sombrer dans le jugement de leur conscience environnementale.

lundi 13 septembre 2010

Modèles et mijoteuse

« Faites ce que je dis, et non pas ce que je fais », se rappelle-t-on lorsqu’on voit certains comportements de nos enfants. Le modèle s’impose au-delà de tous les discours remplis de grande sagesse. Alors me voilà, petit lundi désorganisé, après avoir loué les vertus du vendredi qui somment de préparer notre zone de travail pour le retour, se donnant ainsi l’impression d’être orchestré au quart de tour.


Je suis ébahie chaque fois que je retrouve, avec une lucidité post-congé, un tel état de ruines éparpillées dans toutes les pièces de la maison. N’importe quel détective à la noix – il y a même une noix de cajou sur le canapé — serait en mesure de décrire notre parcours tout au long du week-end. Vêtements, livres, papiers, découpures d’articles de journaux, recettes inspirantes et celles déjà englouties, post it nous avisant des événements primordiaux à venir, factures à classer, la planification des transports et rendez-vous, etc.

Assise devant le monticule de dossiers à ordonnancer, dans le but de me structurer pour mener à bien les projets de la semaine, j’ai utilisé mon outil préféré, la musique. J’ai tenté la harpe, je me croyais au paradis. La salsa, trop joyeux pour un lundi matin. Une mélodie destinée à la méditation? Je risquais la déprime. Je suis revenue à mon fidèle Glenn Gould. Il est toujours de bon ton. Ses variations Goldberg vibrent au diapason de tous mes états d’âme. Et pendant que je me réchauffe sur le clavier, le roman de Louise Penny, En plein cœur, celui dont je vous ai parlé vendredi, me clignote de m’y mettre, si je veux m’offrir la récompense de la lecture en fin de journée. Le parcours de cette auteure, digne d'un conte de fées, rédige aussi un blogue (en anglais) où elle partage chaque matin son vécu d’écrivaine aux prises avec ses personnages. Son superbe site est rédigé en français et en anglais. http://www.louisepenny.com/ et pour lire son blogue, vous cliquez sur l’onglet à la droite de la page.

(Je vous jure que son livre se déplace vers moi, il se glisse sournoisement vers mon portable, en poussant le dossier sur lequel je planche en ce moment. Ciel, les grands esprits seraient-ils de la partie? Ils veulent tellement que je prenne soin de moi, plutôt que de me culpabiliser chaque fois que je vois une joggeuse s'époumonner devant ma fenêtre, ou une femme d'affaires -en total contrôle- dévaler de sa BMW.)

Bon, ça suffit. Je me consacre au plan de formation que je dois élaborer. Mes billets prévus sur l’école et la nature, ainsi que celui sur le soutien dans la création sont consignés pour une autre journée.

Thème de ma semaine : mijoteuse. Pas rapport, men? Oui, woman, il y a le rapport à l’organisation des repas, et à la volonté de cesser de déraper vers 17h, la broue dans le toupet, pour concocter un mets digne de ce nom. Un livre m’est apparu, en effectuant des courses pour les lunchs des enfants. Je suis transportée à imaginer ses savoureux soupers simplissimes qui se préparent le matin, avant le boulot, et mijotent tout au long de la journée. Du nouveau dans la mijoteuse, de Beth Hensperger et Julie Kaufmann, publié chez AdA. Je suis littéralement tombée dans les pommes et les lentilles, les tout-en-un, les potages-repas tous aussi nutritifs les uns que les autres. Un livre à s’offrir et une idée de cadeau géniale. Demain, je prépare le potage saisonnier aux lentilles à l’indienne, à moins qu’il ne s’agisse du poulet entier à la lime et à la coriandre à la manière mexicaine. Excitée, vous dites? C’est presque Noël!

vendredi 10 septembre 2010

Vendredi, source d'inspiration

J’aime le vendredi. Il me donne des ailes, avec son impérative obligation de faire le bilan de la semaine. Il incite à regarder ce qui a été construit, et cache derrière son dos, le lundi, où se décalera la destination prochaine de production.



Le vendredi m’inspire. Son I devient majuscule, autour du classement des dossiers et de tout ce qui s’est inscrit à l’agenda et maintenant mené à bien. Il me fait saliver en pensant à l’osso buco qui embaumera la maisonnée, au film qu’on visionnera, source de détente et d’émotions, et enfin, à la promenade en forêt qui évacuera le trop-plein de stress. Le vendredi titille le farniente, en robe de chambre, thé fumant en main, un livre de l’autre. Bref, le vendredi me procure une sensation d’accomplissement à microdose, et m’incite à appliquer ce principe à plus longue échelle. On pourrait le définir comme étant une forme de bienveillance envers soi-même, s’expliquant par l’attitude à focaliser sur ce qui a été réalisé plutôt que sur la charge de travail à venir.

Inspiration :

Festival International de la littérature, FIL, du 17 au 26 septembre 2010. Pour plus d’informations : www.festival-fil.ca

Louise Penny, écrivaine de romans policiers traduits en une dizaine de langues. Jusqu’à ce jour inconnue du milieu francophone, cette ancienne journaliste de Radio-Canada qui a quitté son poste en 1996, en annonçant en ondes qu’elle souhaitait écrire un roman, a mis cinq années avant de vaincre son syndrome de la page blanche. « Un jour, j’ai compris que je devais écrire un livre que j’aimerais lire, (…) en lâchant prise sur l’idée d’écrire le meilleur livre jamais publié. À partir de là, la peur s’est envolée. » Maintenant établie à Sutton, ces histoires se déroulent dans un petit village pittoresque des Cantons de l'Est. Les Éditions Flammarion ont acheté les droits de traduction française pour ses livres. En plein cœur nous comblera de bonheur.

La tête en friche, un hymne à l’amour et à la lecture, à l’affiche vendredi 17 septembre. Le film est de Jean Becker, tiré du roman de Marie-Sabine Roger, aux Éditions Rouergue.