lundi 12 juillet 2010

Des fraises et des bleuets

Je suis allée chez mes parents, ce week-end, à Deschaillons-sur-St-Laurent. La brise habituelle provenant du fleuve s’est déclarée au repos. Que du soleil, que de la chaleur, que de la chaleur. Celle qu’on vénère, tout au long de l’année, dans notre pays mal isolé. Un climat de bord de mer qui nous ferait perpétrer un détournement de fonds pour y avoir accès, de novembre à mars. Depuis quelques semaines, cette température s’immisce dans chacune de nos cellules, moites il va sans dire, et nous invite à ralentir la cadence. Car gigoter par des temps pareils, c’est vivre dans un sauna à ciel ouvert. L’occasion existe bel et bien pour nous convier à briser la cadence, à effectuer des réserves, à emmagasiner de l’énergie solaire. Entre vous et moi, les chialeux de juillet, ceux qui carburent aux statistiques affolantes, seront les premiers à grogner la bise venue.


J’ai fait une provision de fraises et de bleuets de cette belle campagne. Seize litres de l’une et quatre de l’autre. Inutile de vous annoncer la frénésie culinaire magistrale dans la maison. Les fruits triomphent en promo sur toutes les surfaces de la cuisine : à croquer, à presser en jus, à congeler, à introduire dans les pains ou les salades. La créativité à son meilleur. Le thème est : déguster, profiter, savourer, s’arrêter. Comme si c’était la dernière fois qu’on ingurgitait ce nectar. Adopter la posture shavasana en yoga, celle qui nous fait intégrer tout le travail accompli.
Une position philosophique du repos.

Cette mort qui nous remet en vie.

À s’offrir :

Les jus santé, de Colombe Plante, naturopathe, AdA

Modus Cuisine, Jus et jus énergisants, Judith Millidge, Modus Vivandi

L’art de la simplicité, Dominique Loreau, Laffont, 2005. Toujours et encore plus d’actualité, adoptons la philosophie zen du dépouillement, afin que l’envie nous prenne d’imiter l’auteure et de faire le vide de nos armoires, de nos salons, de nos agendas et même dans l'agitation de nos têtes.

vendredi 9 juillet 2010

Coral reef & stingray safari

Un bruit de tremblement de terre m’a éveillée de mon coma nocturne. J’ai fait l’hypothèse que la planète m’offrait un remake de l’événement sismique produit lorsque j’étais en vacances. Mais non. La Terre a tremblé sous la puissance des branches d’arbres atterrissant au sol, chez mon voisin, lorsque sciées par les émondeurs déversant leur testostérone à plein régime. Un monstre, carrément. L’arbre, pas le voisin. Ses branches enveloppaient notre toit jusqu’à battre de l’aile à chaque vent venu. Nous étions persuadés que des êtres inconnus habitaient alors dans le grenier.


Bref, lorsque mes pieds ont foulé le sol, au sortir du lit, j’étais dans les limbes bleus des vacances. Du marteau, de l’enclume ou de la trompe d’Eustache, je ne saurais citer la partie de mon labyrinthe de l’oreille qui n’est pas tout à fait revenue de la mer des Caraïbes. Mais une parcelle de moi est restée là-bas. À Grand Caïman, par exemple. Donc, à l’aube, m’est revenue en mémoire notre aventure.

Partons du fait que je suis peu douée en matière de communication anglaise. C’est un drame dans ma vie, mais ce fait serait le sujet d’un autre billet. Donc, pendant la croisière, je réserve une expédition pour explorer les coraux, lors de notre passage à Grand Caïman. Je ne comprenais à peu près rien à ce que m’expliquait le préposé aux « descriptions tours », — parlant à la vitesse de l’éclair —, mais à un certain moment, j’ai saisi l’essentiel : coral reff. J’ai balancé ma « see pass » afin de clore ce martyr et annoncer aux enfants la surprise. Enfin, avec tout l’équipement requis, nous pourrions nous immiscer dans la mer et ses multicolores coraux. Ce qui manquait à mon vocabulaire était la fin de la description de cette expédition : coral ref & stingray safari. Les coraux et les safaris, jusque-là, tout annonçait la féérie. C’est lorsque nous sommes arrivés en plein milieu de cette étendue bleue, à perte de vue, que mon fils William a demandé, naïvement, ce qu’étaient les grosses masses noires :
- des roches? Oh!, elles bougent…


J’ai appris, par la force des choses, que le safari en question consistait à nager avec des raies. Dans l’eau jusqu’à la taille, elles se frôlaient à nous, nous défiant du regard. Dessus gélatineux (beurk), mais le dessous douçâtre. Avec cette impression fibreuse de nous retrouver dans une épave de bêtes féroces, d’après les épopées historiques racontées. « Enfin, des vacances d’aventures! », aurait dit Laurent, lorsqu’il avait six ans. Michel aurait répondu qu’à mes côtés, on ne sait jamais dans quoi on s’embarque.

Finalement, les enfants ont adoré le challenge, et j’ai apprivoisé les bêtes. Rien de comparable à mon contact divin avec les dauphins, mais tout de même. Nous avons élargi notre expérience et les coraux n’ont été que plus sublimes par la suite. Main dans la main avec mon fils, nous promenant dans le jaune et le violet des trésors de la mer, jamais je n’oublierai.

jeudi 8 juillet 2010

Jouer

J’ai lu mon horoscope au petit déjeuner. Concernant les sagittaires, voici ce qui ce tramait dans les astres:


« Vous aimerez la tranquillité, en particulier chez vous. Vous prendrez le temps de méditer sur quelques histoires, dont une qui a eu lieu il y a bien longtemps. Vous la verrez peut-être autrement. Avec moins d’amertume. Il était temps. Vous pourriez aussi faire des changements amusants à la maison ».

Comme changements amusants, j’ai songé justement à évacuer la maison et ses habitants, rêvant d’un espace clos, silencieux, afin de goûter à ce qu’on appelle la tranquillité. J’aime les grandes tablées, les bombes dans la piscine, les morceaux de melon d’eau parsemant le trottoir pour s’y rendre. J’adore fouiller frénétiquement les sites de recettes « fraîches » pour cuisiner à tous ces homards à deux pattes qui s’agrippent à la cour. J'adore le service de téléphonie haut de gamme qui permet à mes enfants de l'occuper à plein temps. Mais arrive un instant où le manque de liquide à lessive rappelle qu’une vie de moinesse a une certaine volupté. Pour ce qui est de la méditation, à moins qu’elle soit aquatique, elle est désirée comme une climatisation sous 41 degrés.

Déçue de ne pas répondre aux attentes de mon horoscope, je me suis rabattue sur un jeu de cartes des oracles des anges de Doreen Virtue. J’ai pigé la carte JOUER.

« Cher bien-aimé, il est temps de mettre de côté votre travail pour l’instant. N’ayez crainte : nous veillons sur vos responsabilités. La joie, le jeu et le rire sont vos alliés. Cela vous redonnera l’énergie nécessaire pour reprendre le travail ensuite et voir les choses d’un nouvel œil. »

Je ne sais si les anges, mais le livre Modus Cuisine salades m’est tombée dessus à la page 70. J’avais exactement tous les ingrédients pour accomplir cette mission de cuisinière, dans un élan presque festif, de pâtes au cari – tiède - . Plus de 70 recettes estivales, de Louise Rivard, à intégrer dans la trousse de secours des périodes de canicule. Je ne sais si les anges passeront l'aspirateur et assumeront quelques tâches, mais le repas sera un succès.

Je mets donc un « hold » sur la planification de mon atelier d’écriture, de ma retraite pour la rédaction de mon récit de vacances, de mon programme cardio capteur d’amas graisseux, et j’imite les poulpes qui changent de forme selon la situation : en ce jour béni, je vais jouer à la sirène. Jouer bleu. Et demain je me promets de prendre un thé avec mes amis.

mardi 6 juillet 2010

La vie, la vie

Ce matin, c'est la canicule comme je l'ai chéri pendant tout l'hiver, dans mes rêves diurnes et nocturnes: installée auprès d'un plan d'eau, mer ou piscine, auprès de mes amours, sorbets aux petits fruits laissant quelques traces près d'un bon bouquin. Je devrais jubiler. Pourtant, j'ai le don d'anxiété qui provoque l'oscillation entre la permission de vivre ces instants, et les neurones qui galopent sur une piste de course de questionnent à savoir si tout cela est juste

Devrais-je être ailleurs, dans une mission plus honorable? Comment n'ai-je pas inventé une façon de colmater la brèche dans le Golf du Mexique, d'éradiquer la malaria, le syndrome de la Tourette? Sainte Rita, priez pour moi et tous les anxieux de la performance. 

Marguerite Yourcenar disait: on ne change pas, on s'approfondit. Maintenant, je suis plus lucide au regard de mon don, quoique pas plus confortable. Les explications permettent de comprendre ce que nous avons raté, en compagnie de ce petit démon du « ce n'est jamais assez», mais ne réparent rien des moments volés à la vie qui ne demandait qu'à prendre forme, qu'à être. Si je canalisais toute cette fougue en demeurant, là, en toute verticalité, ce serait un moment béni de repos.

Il n'est rien de la vie que je veuille laisser passer auprès de moi sans le saisir. 
Simone de Beauvoir

Alors aujourd'hui, je me mouillerai de chaleur et de baignade, de jus de légumes et fruits frais pressés, en noyant la culpabilité d'être autant privilégiée. Après tout, mère Teresa a dit: la vie est une chance, saisis-là. Je profiterai donc de ce que la vie m'offre, et cela prendra la forme d'une grande tablée d'enfants et d'amis, goulûment installée autour d'un barbecue et de la piscine, partageant les souvenirs de vacances. Et je redoublerai de patience en attendant mon ordinateur au coeur neuf!


dimanche 4 juillet 2010

Le retour

Je suis de retour. J'ai amassé plus de souvenirs que pourrait contenir un florilège d'albums. Désormais, mon cerveau est un virtuose du «bleu»: bleu azur, turquoise, bleu ciel, bleu de pervenche, bleu de Prusse. Tous ces bleus et leur effet guérisseur. 

J'ai trôné sur l'estrade du bonheur familial. Pas d'affrontements, pas de conflits, pas de rallye de transport, rien qui ne put briser le charme. Un voyage de grâce, parsemé de paysages où règnent l'intelligence, le goût, l'élévation. À travers la brume tropicale, accoudée à la rambarde sur le pont du bateau, j'ai admiré le soleil et l'écume des flots, jusqu'à abandonner toute inquiétude, malaise, doute. J'ai baigné dans cette mer riche, pure, salée, fougueuse de ses coraux, ses poissons multicolores, ses raies, où seuls les verbes admirer, ravir, apprécier et envelopper participaient à la syntaxe. 

Encore sur les nageoires des dauphins, dans un état oscillant entre le céleste et le divin, j'ai pétri cette sensation unique jusqu'à l'inscrire dans mes cellules pour l'éternité. 

Difficile de revenir à une autre réalité, appelée le quotidien. Je souhaiterais demeurée immergée de cette luminosité, mais aujourd'hui, au moment où j'écris ces lignes, mon ordinateur m'a abandonnée, et je me retrouve cadenassée sans mon rituel d'écriture. Mon disque dur a accosté au port. Il a eu la gentillesse de me signaler une tempête à venir, de sorte que mes données ont été épargnées. Dieu soit loué. Mon ordinateur au coeur neuf s'alanguira sur ma table de travail dans le milieu de la semaine. Peut-être tout cela est-il la symbolique de la nouveauté, de la transformation, du guet au regard de l'usure. Peut-être aussi un signe de prendre du temps, de préserver et emmagasiner un peu de cette énergie foudroyante qu'apporte la mer des Caraïbes. 

Toujours est-il que je vous écris d'un autre ordinateur, avec tous les risques d'erreurs inimaginables, et qu'il faudra composer avec cela. Mes récits devront attendre, mais je garde le contact. Heureuse d'être là, tout simplement.