mardi 24 avril 2012

De rouge écrevisse, de l'écarlate au rouge coquelicot



Les événements du printemps ont fait gicler toutes les nuances de rouge inscrit dans mon cœur de mère et de citoyenne. La gamme d’émotions a fusé et craché son intensité, à travers le souffle et le sommeil.

Rouge capucine, pour la fierté devant cette jeunesse mobilisée, articulée, vindicative, intelligente et vibrante d’avenir, cette même jeunesse qu’on a qualifiée d’apathique, désabusée et non engagée. Je leur lève un chapeau de persévérance devant le mur de silence et de mépris qu’ils subissent.

Rouge sangria, pour la permission d’être assis à une terrasse sous les 28 degrés de mars, et ce, en même temps que les adultes qui les dénoncent.

Rouge pomme, pour la fraîcheur de notre relève, pour les 200 000 jeunes qui ont marché pacifiquement dans les rues de Montréal, avec des milliers de slogans brillants et créatifs, ceux-là mêmes qui ont généré et proposé des solutions, sans fin de recevoir. Ce sont les miens, les vôtres, les nôtres.

Rouge anglais, vestige quasi éternel de l’oppression qui caractérise l’abus de pouvoir à l’égard des enfants, des femmes et des étudiant.e.s.

Rouge carmin, pour ceux qui ont focalisé leur opinion sur les gestes de dérapage, sans avoir le discernement de saisir qu’il s’agissait de groupes distincts qui n’ont rien à voir avec la masse étudiante.

Rouge pourpre, pour les petits hommes qui souffrent du syndrome de Tim Hortons. Ils ne lisent aucune analyse politique, aucun éditorial, aucune étude économique, mais déambulent avec leur pension en s’encrassant de moult refill de café non équitable, régurgitent sur tout et sur n’importe qui, trônent comme des rois et maîtres sur ce qu’ils prétendent « leur territoire », sans poser le moindre geste pour améliorer notre sort.

Rouge vermillon, pour tous les journalistes, économistes et artistes qui ont analysé de fond en comble toutes les facettes de la situation, ont dénoncé le mutisme de notre gouvernement, ont consacré temps et énergie pour énoncer de possibles dénouements, pour le bien collectif. Merci deux cent mille fois.

Rouge cramoisi devant les forces policières dopées au Red Bull qui ont traité tous les étudiants avec une brutalité — voire violence — qui aurait dû être canalisée pour « contenir » le groupe de casseurs professionnels. Le chef du service de la Ville de Montréal, Marc Parent, a tout de même admis — l’aveu est déjà un pas, sans matraque — que ce n’est pas la masse étudiante qui est responsable des dérapages, mais bien ces groupes organisés qui n’attendent que les occasions sociales. De toute façon, sans écho après dix semaines à manifester dans la rue, comment la grogne aurait-elle pu ne pas grimper.

Rouge écrevisse, en face d'un gouvernement qui a perdu le Nord et qui fonctionne à reculons. « Dans le monde entier, à cause de la surpêche et/ou de la pollution et dégradation des berges, (…) les écrevisses sont en voie de régression. » Wikipédia

Écarlate de gêne devant un premier ministre méprisant de son électorat et de ses dirigeants d’avenir. Son laxisme pendant une situation de crise et son obsession d’ouvrir des chantiers sans se soucier des effets à long terme me rend rouge cramoisi.

Rouge brique pour la casse. Ça s’explique, mais ne devrait pas être un moyen, dans le meilleur des mondes. Ces groupuscules font subir le même traitement qu’ils ont reçu. À nous de prendre soin de nos enfants et de nous rappeler que la répression conduit à la révolte. Avis à tous les parents.

Rouge coquelicot, pour les discussions en cours. Pour l’espoir d’un aménagement qui permettra à chacun de nos enfants de devenir la meilleure version d’eux-mêmes. Laissons tomber cette idéologie archaïque que nous avons tant à leur apprendre. Dans les faits, si nous accomplissons correctement notre travail de parent, l’élève devrait dépasser le maître.

Mes enfants, je vous aime du plus profond de mon être. Puissiez-vous arborer des joues rouge corail en émergeant de cette expérience et foncer tête haute devant les bouchées doubles à venir.


mercredi 18 avril 2012

Une marche, une poésie, un peu d'espoir

Il apparaît que notre petit pays éclabousse de son chaos un peu partout. Semble révolue l’époque où l’on abdiquait devant la bêtise, en s’excusant, tête baissée, d’être bafoué, exploité et humilié. Une rafale d’indignation souffle sur cette palette de décideurs qui séquestre tous les mots de notre roman collectif.

Il semble que même le silence a une fin.

Devant cette pluie d’éteignoirs de rêve, recherchons diligemment des parapluies bienveillants.

Une conscience émergente de notre richesse globale étincèle. Ça pétille. Des génies visionnaires s’attèlent à planter des semences d’alliance, de coalition, de partage, d’équité afin que nos enfants grandissent dans une communauté digne de ce nom.

Des pas se tracent sur la fierté fragile de notre Terre-mère. Certains pas dérapent sur les passages trop escarpés, sans poésie. On apprend à se tenir debout.

Le 22 avril, les cloches résonneront en écho à notre résilience et à notre désir de créer un monde meilleur.

mercredi 28 mars 2012

Manifeste, ma fille

Le printemps étudiant sera chaud. L’été aussi. Selon l’inertie ou la mobilité de notre gouvernement, les saisons et les années à venir le seront aussi. Les enfants nous apprennent à nous tenir debout, pas seulement la nuit, mais par leur énergie, leur intelligence et leur apprentissage. Ces chers trésors issus de la Réforme, déformés et reformatés de multiples fois, ont vite compris que l’accessibilité au savoir est garante d’avenir.

Nous avons investi des millions de dollars pour contrer le décrochage. C’est même honteusement que le taux d’analphabétisme est publié, parfois en catimini. On a même restructuré la vocation de certaines écoles –problématiques et représentatives — afin d’améliorer le sort des statistiques. Quoi faire avec les garçons qui abandonnent les classes? Et aussi les filles? Augmenter de 75 % les frais de scolarité pour ceux et celles qui veulent poursuivre leurs études et enrichir la collectivité?

Comment expliquer, donc, que ceux et celles qui veulent étudier seraient obligés de s’endetter, alors qu’ils renfloueront les coffres de l’état sitôt en emploi, tout en composant avec les prêts compilés pendant leur parcours d’études.

Comment expliquer à nos enfants que les fonds publics priorisent l’armement, les gaz de schiste, et tous les investissements douteux, dilapidés et corrompus sur plusieurs facettes du système.

L’éducation n’est pas un bien matériel, c’est un droit pour tout pays qui se respecte, et les ressources sont humaines. L’éducation n’est pas une industrie. La famille a le devoir de les éduquer et l’état de les instruire. Priver un peuple de connaissances, c’est une façon de s’assurer du contrôle. 
   
Pour mes enfants et tous les autres, je leur souhaite l’accès aux études, tous azimuts, et aussi la persévérance à dire à voix haute, avec les enseignants, les parents et les grands-parents, les citoyennes et citoyens, les vraies priorités.

 J’affectionne l’idée que la vie les prémunisse de tous les modèles de Stéphane Gendron qui criaillent et glougloutent aux frais des contribuables.


lundi 19 mars 2012

Quand l’ordi craque, tout craque…


La nouvelle génération est branchée. Branchée en terme de branchements, d’octets, de Mo et de Go, de planète Multi plateformes, ces enfants et ados semblent toujours en mesure, avec quelques giclées de feux d’artifice sur l’écran, de raccommoder les cafouillages de parents qui renâclent devant le virtuel rugissant au débit accéléré.



Bref, je reçois un nouvel ordinateur pour célébrer la nouvelle année et ses projets cogitant dans le plan d’action. La petite bête, à l’usage, se dévoile capricieuse et n’obtempère pas aux touches de l’auteure. Qu’à cela ne tienne, on retournera au magasin pour faire un choix plus approprié. Puisque j’ai déjà plus de deux mois d’écriture à plein temps dans ces petits trésors de documents, je demande au fiston webmestre de vérifier si tout est bien enregistré dans le disque dur externe. « Pas d’problème, m’an, c’est sûr que ça marche, y’é branché ». Après vingt-huit demandes et plusieurs grognements, je laisse tomber ma requête et vais reporter l’appareil à sa maman compagnie. 

Quelques jours de fouille plus tard, un nouvel ordi étincelant de promesses est installé sur ma table de travail. RE-demande donc au fils de me ré-installer toutes les patentes qu’il a gentiment faites le Premier de l’an.
Surprise! RIEN n’a été enregistré depuis la nouvelle année. Lecteur branché, oui, mais le petit clic indiquant de démarrer la sauvegarde automatique n’a pas été fait. Deux mois de travail!

Après sueurs, cris et hurlements, pétage de plombs, me suis retrouvée à dansotter avec le chaos. Endeuillée, sous pression, mais propulsée à devenir de plus en plus en contrôle de la bête, j’ai repris, avec ma mémoire vive, l’élaboration des productions en cours. L’occasion de créer des idées neuves, m’a dit mon amie Blanche. Espérant qu’elles soient améliorées et enrichies, car évidemment, ces histoires surviennent toujours dans les moments de rush. 
« L’obstruction nécessaire pour développer une pression irrésistible », selon Roy Lewis (Pourquoi j’ai tué mon père).

J’ai vaincu le dragon du cyberespace et mes dates de tombée sont ajustées. Désormais, clés USB, impression papier, sauvegarde, courriel, et vérification garantie du disque dur externe.

Épisode craquant, apprentissage marquant.

jeudi 1 mars 2012

De l’amiante, de l’arsenic et des ondes


C’est tout blanc. Le décor de carte postale souhaité tout l’hiver durant pour profiter de cette saison qui ne demande qu’à offrir des balades sur cristaux blancs et la lecture près d’un feu de cheminée. C’est avec cet esprit festif des derniers soubresauts blanchâtres que j’ai infusé mon thé vert japonais sencha Nagashima, le jour ayant à peine l’œil ouvert.

Mes canards annonçaient en page frontispice que plus de 300 écoles et édifices publics sont contaminés à l’amiante; que tous les produits contenant du sirop de riz bio (barres tendres) contiennent trop d’arsenic (!?!) et que les radiofréquences (antennes à micro-ondes) pullulent à vue d’oiseau, de préférence sur le toit des écoles, garderies et établissements de santé.



Accroupie dans le garde-manger à dénicher les étiquettes des barres tendres et, oui, à les enfouir dans la poubelle, mon chéri a semblé encore plus décontenancé en m'apercevant localiser les antennes sans fil sur le site Internet loxcel.com/celltower. Justement, que j'ai répliqué, elles sont assez près de la maison. 
Sur ce site, on peut voir l’emplacement de tous les émetteurs de radiofréquences du Canada. Vraiment, on a tout ce qu'il faut pour être sur le 220. Excellent pour les compagnies qui fournissent le Ritalin. On va dépenser des milliers de dollars à faire de la recherche afin d’expliquer la hausse de l’hyperactivité et du déficit d’attention chez les enfants. Ils bouffent des colorants, de l’arsenic, de la junk food, réchauffent les plats surgelés dans un four à microondes, vont dans une école WI-FI (avec antennes intégrées sur le toit), sous les néons, détiennent des cellulaires, iPod et cie, et bientôt, ce sera les compteurs électriques dits intelligents qu’ils auront à leur tête, pendant leur sommeil, en guise de chevet. Le problème de la pollution électromagnétique grandit avec eux, et il semble que personne ne souhaite « ralentir le progrès ».

Trois fois du thé vert. Passé au Bocha, un autre japonais. Peut-être vais-je apprendre un de ces matins de printemps animé qu’il est irradié.

Commandé le livre « Danser avec le chaos » de Jean-François Vézina, à la suggestion de Josée Blanchette. Besoin de m’enivrer de tous les possibles.
Souhaite voir le film Pina, de Wim Wenders, afin de croquer dans tout ce qui reste de vivant. Et lire Le Journal intime d'un arbre, de Van Cawelaeart,(Lafon) pour un baume sur mon âme.
Amorcé du ménage après avoir lu Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi, de Dominique Loreau (Marabout)
« L’ordre est la première règle du paradis », cite Georges Gissing. (Encore faut-il traverser l’adolescence).
Compris que l’homo sapiens n’évolue pas très vite en lisant Du domaine des murmures, de Carole Martinez (Gallimard). Au XIIe siècle, une femme de quinze ans doit quasi se mutiler pour réussir à refuser de s’unir avec un homme que son père a choisi pour elle, alors qu’elle souhaite la vie monastique. Toute la société est complice de ces normes.
Songé à prendre une pause sociale. Y’a justement la station PEARL (Polar Environment Atmospheric Research Laboratory) qui sera vacante à partir d’avril, suite à des coupures fédérales du gouvernement conservateur Harper. C’est ce labo qui avait découvert un trou record dans la couche d’ozone au -dessus de l’Arctique l’an dernier ainsi que de nombreux phénomènes atmosphériques inquiétants. Tiens donc!
  
Danser avec le chaos, qu’il dit. 
Est-ce le seul pas de danse qu'on leur laisse?