jeudi 10 novembre 2011

Voler de la beauté à l'ordinaire

Avec des bouts d’heures volées, on arrive à achever un projet, qu’il soit d’écriture ou d’une autre souche. La régularité, la patience et l’endurance sont des atouts à ne pas omettre, clame Frédérique Martin, écrivaine et rédactrice du blogue enviedecrire.com. Elle rappelle que nous avons le choix de geindre et nous bloquer ou de s’accommoder du réel et avancer. La vie porte toujours son lot de dommages collatéraux, donc le courage et la persévérance sont des outils précieux. Elle a consacré huit années à l’écriture, « avec des heures volées » en y insérant une semaine annuelle de retraite solitaire, avant d’être publiée.


Ce matin, ma fille est en grève pour manifester contre la hausse des frais de scolarité des études supérieures. En fait, elle n’a pas cours, mais ne se mouille pas sous la pluie en brandissant des pancartes et en s’égosillant avec des slogans. Elle est enfouie dans les bras de Morphée et s’en extirpera pour s’inscrire à une session d’entraînement de boxe (!?!). Les gènes du militantisme se sont fixés chez ses parents. Quant à mon fils, la grève du transport scolaire est réglée. La vie « normale » du quotidien est de retour. Check!
Patience. Persévérance. Endurance.

Acquiescer aux aléas de l’aventure — et non pas abdiquer —, en fabriquant un espace perso et unique apparaît un gage d’avancement. Chaque récit de personne qui a transcendé les turpitudes de l’existence est source d’inspiration. À « consommer » plus souvent. Les médias nous bombardent d’élucubrations sociales, mais plusieurs gens ont ouvert le champ des possibles et poursuivent discrètement leur route. Il faudrait provoquer ces rencontres et s’élever avec elles. Tout comme la règle d’épurer un texte pour un maximum d’élégance, on pourrait explorer la journée en focalisant la grâce, en volant de la beauté à l’ordinaire.

La grâce, version musicale. Frissons garantis.


mardi 8 novembre 2011

Une odeur de citrouille et d'automne

Je ne me rappelle pas, de toute ma vie, avoir ouvert les fenêtres pendant le mois de novembre et d’en humer son épice festive. À moins que ce soit le mariage des odeurs de feuilles sur le sol humide et du pain à la citrouille sortant du four. Tel Obélix tombé dans la potion magique lorsqu’il était enfant, je suis conquise au charme des courges et des citrouilles. Le livre de Louise Gagnon est un bijou à ce sujet.

Je suis allée chez Citron que c’est bon, une composition banlieusarde entre le marché public et l’épicerie. À l’extérieur, des chariots remplis à craquer de toutes les courges d’hiver faisaient la parade. Pendant que ma fille écoutait à plein volume et en rafale « Someone like you », d’Adèle, j’ai choisi les couleurs et les formes aussi pétillantes les unes que les autres, jusqu’à ce que le panier soit dodu. Si je raffole des photos en noir et blanc, c’est la version multicolore qui me passionne pour les légumes.

Une fois les cucurbitacées en lice pour le gala des recettes, j’ai exploré plusieurs versions pour honorer leur prestance. Il n’y a pas de limite à leurs talents, c’est à l'agent « découpeur » que l’on doit la remise du prix. Bons outils, bonnes stratégies, et un Chéri ou une Chérie aux gros bras lorsque ça se corse.

On coupe la citrouille en deux, chair contre la plaque à biscuits, dans un four préalablement chauffé à 350 degrés, et ce, pour environ 45 minutes. Une fois refroidie, la chair se détache très facilement et se conserve quelques jours au réfrigérateur. Ne pas oublier de la déposer pendant une heure dans un tamis ou égouttoir afin d’extraire le surplus de liquide.


Pain à la citrouille sans gluten*

Ingrédients :

¾ t. de farine de sorgho
¾ t. de farine de haricots
¼ t. de fécule de tapioca
½ c. thé de stévia en poudre
1 ½ c. thé de gomme de xanthane
2 c. thé de levure chimique ou instantanée
2 c. thé de bicarbonate de soude
½ c. thé de sel
1 c. thé de gingembre moulu
½ c. thé de muscade moulue
¼ c. thé de clous de girofle moulus
½ t. de noix de Grenoble
1/3 t. graines de citrouille
1 t de purée de citrouille
1 c. thé de vinaigre de cidre
1/3 t. d’huile végétale
1/3 t. de sirop d’érable ou d’agave
2 œufs


Action!

1. Dans un bol, mélangez tous les ingrédients secs.
2. Dans un autre bol, ou dans le récipient du batteur sur socle (ou un mélangeur électrique), mélangez tous les ingrédients liquides jusqu’à ce que le tout soit lié.
3. Versez la préparation à la citrouille avec les ingrédients secs et remuez jusqu’à ce que l’ensemble soit lié.
4. Déposez la pâte dans un moule à pain et laissez reposer 30 minutes à l’abri des courants d’air.
5. Faire cuire dans un four préchauffé à 350 degrés pendant environ 70 minutes ou jusqu’à ce qu’un cure-dent introduit dans le centre en ressorte sec.

*(Version adaptée de la recette de Donna Washburn, 125 recettes sans gluten, Modus Vivendi)



Faites-vous infuser un thé vert Gyokuro yamashiro. Vous commencerez à croire au miracle.

lundi 7 novembre 2011

En manque de « grandiosité »

Le lundi s’est installé dans nos vies pour se ranger derrière la ligne de départ. Au son du coup de feu, on pulse dans nos rôles, nos tâches, nos fonctions, nos missions, passionnés ou pas.

Certaines célébrités laissent percevoir que leur mission éclate de sens, de valeur, de prouesse, voire de
« grandiosité ». Elles affichent un parcours nous submergeant d’admiration. En effet, elles déposeront des traces indéfectibles par leurs exploits, leurs découvertes et leurs œuvres, ou, encore, par des gestes remarquables.

Bien sûr, le génie a son prix. Il réclame l’exclusivité, l’intensité, l’excès, et oblige le renoncement aux farnientes, aux agendas troués, à la spontanéité des week-ends, et surtout, à une vie familiale digne de ce nom. Pourtant, lorsque surgit le moment des bilans, il est facile de sombrer dans l’auto-flagellation au regard de ce qu’on qualifie de réussite, ou non.

Les découvertes de tous acabits ont changé le cours de l’humanité : du fonctionnement du cerveau et de l’univers, de l’invention de la pénicilline à la création de la Joconde, des gestes de Gandhi et de Martin Luther King, de Mozart, Proust, Beauvoir et Jeanne-Mance. Les grands esprits ont permuté notre monde. Plusieurs ont risqué leurs existences, expérimentant dans les airs comme sous terre, y compris avec des reportages périlleux dans les zones minées de guerre.

Je m'interroge à savoir si, sur le parquet de fin de vie, ils respirent enfin ce sentiment d’accomplissement. D'un regard extérieur, nous serions portés à croire que les flashs de la renommée garantissent le sceau du devoir achevé, que la « grandiosité » cautionne cet état de grâce qu’on recherche un peu tout au long de notre vie.
Devant mon écran, aucune réponse ne s’inscrit. C’est un lundi gris, en manque d’un prix Goncourt ou d’un Nobel. Toutefois, je demeure persuadée que, lorsqu'on aime, les choses ont davantage de sens.( Paulo Coelho)

Ange de la renommée

lundi 31 octobre 2011

Si Trouille se racontait

Trouille existe depuis très longtemps, une faculté intégrée afin de s’installer un moment sur la Terre. On la cuisine depuis huit mille ans d’histoire, au bas mot, de la table aux contes et légendes. Trouille fait partie de nos racines ancestrales. Née d’une famille élargie de cucurbitacées, elle a toujours eu l’impression grossière de prendre trop de place. Ses cousines, élégantes et allongées, volaient allègrement la vedette, par leur blondeur et leur sveltesse. Trouille se retrouvait inévitablement sur les perrons comme lanterne et ornement, avec son orangé impétueux.

Si trouille m'était contée, oeuvre de Marcel Gagnon

Un jour de frimas précoce d’automne, réfugiée dans la démesure d’un chariot rocambolesque rempli de ses semblables, elle a décrété que sa vocation d’être transformée en carrosse ou en fable avait atteint sa pleine capacité.

- C’est vrai que je fais partie de la culture du « slow». Je germe au printemps, patauge au jardin tout au long de l’été, pour couronner tardivement à l’automne. Dans une société axée sur le clinquant du « fast », j’avoue que je signe dans l’excentricité. Qu’à cela ne tienne, je relèverai le défi, coûte que coûte, à prix haché.
Arriva la ribambelle de grands chefs qui misèrent sur les vertus du « local », sur les bienfaits des produits du terroir, sur cette mentalité de « faire avec ce qu’on a ». Pendant que l’équipe adverse des carnivores brûle les terres et sape l’or bleu de la planète, au jour des 7 milliards d’êtres vivants y habitant, la voilà convoitée enfin pour ses qualités non réclamées à ce jour. Elle n’a rien gagné de ses mérites qui n’ont pas été travaillées d’arrache-pied.

Elle a de la racine de vainqueur. Bien cuisinée, elle est dotée pour être à la hauteur d’un plat de résistance. Elle a conquis les palais récalcitrants : charmée de cari et de lentilles corail, par exemple, on la reconnaît versatile en salé ou en sucré. En potage ou en mijoté, en biscuits, en muffins, en solo ou avec ses cousins légumes, elle est équipée pour ravigoter.

Trouille craint toutefois le découpage. On verse alors quelques instants dans le cardio, avec de bons outils ou de bienveillants amis, c’est selon.

Elle est fidèle toute l’année durant : on peut la congeler, en purée, pour les moments gris de l’hiver rugueux qui s’amène. De tout son feu, c’est un modèle de persévérance et d’affranchissement qui m’a conquise.


Pour des recettes :
Sous le charme des courges et des citrouilles, de Louise Gagnon (Éditions de l’Homme)

et les miennes, cette semaine…

jeudi 27 octobre 2011

Zénitude

Il y a du bruit, partout, tout le temps. Pour étouffer cette cacophonie, on superpose de la musique. Si elle est syntonisée à la radio, ce sont les publicités, les nouvelles du monde, les discussions qui ont lieu comme fond d’écran pour les tympans. Le silence semble devenu une espèce de voix en extinction. Il faut se réfugier très profondément dans la forêt, loin de la civilisation, des antennes, des pylônes et grandes artères pour caracoler avec cette ressource apaisante devenue grégaire.


Pendant que les outardes repartent à grands cris, j’ai tenté de capter leurs chants glorieux, leur nature sauvage et instinctive. J’ai marché dans les sentiers de la TransTerrebonne, circuit de plusieurs kilomètres aménagé pour les banlieusards en soif d'espace. Le week-end, c’est une autoroute de marcheurs, cyclistes et skieurs de fond, mais pendant la semaine, je déniche parfois des moments de grâce, soit quelques arpents de sentiers en lacets sans civilisation. J’en reviens immanquablement constellée d’idées branchées, joues rosies et poumons ravitaillés en oxygène. Avec cette impression narcissique que les zoiseaux gazouillent juste pour moi. Et à chaque reprise, je ne comprends toujours pas les raisons qui m'empêchent de forer cette mine d'or à deux pas de chez-moi.

Un petit clin d’œil sur la zénitude. Une alliance entre les chuchotements de la nature – si rarissimes qu’on en fait des vidéos — et une créativité musicale enjôlante. Merci à Mimi pour l’envoi.