Je soutire les pétales de
marguerites imaginaires : je continue, j’arrête, je continue, j’arrête, je
cesse d’écrire sur ce blogue. Non, je jouerai une fois la semaine; zut! J’ai
manqué de temps cette semaine; je devrais me concentrer sur un plan d’avenir, un
projet d’écriture bien ficelé, écouter mes personnages qui me
racontent leurs histoires. Mais finalement, aussi bien le crier sur tous les toits, ça me manque un
lectorat, que ce soit lors des jours grigris, ou plus pétillants; envie de sentir que je ne suis pas seule, égarée
dans une forêt peuplée de dragons.
Écrire est un moment privilégié et doucereux où je
peux partager les aléas du quotidien, les aventures de la vie, les bons coups
qui nous font grandir, et qui nous propulsent vers la meilleure version de
soi-même. Même au travers la râpeuse solitude lors d'un événement coriace.
Cette fois, je réintègre le
clavier avec une nouvelle saison à traverser. Puisque je n’ai plus de garantie
sur mon « body » (j’ai
cherché dans mes archives et elle est expirée), je dois aller chez le
réparateur, quelques fonctions à rénover. En fait, ce sera un été à passer dans
les méandres hospitaliers. Six mois de chimiothérapie, de noms de produits médicaux impossibles à profiter au Scrabble.
J’ai demandé à ma doc si je
pouvais avoir de la chimio bio, je suis fervente à la cause, j’ai dit. Elle a
éclaté de rire, baskets aux pieds et génie dans la cervelle. Dévouée comme Theresa,
dans à peu près les mêmes installations
vétustes, j’exagère à peine. Avec une équipe aux sourires accrochés aux lèvres.
Disons que le diagnostic n’a pas le panache d’une pub pour le Club Med, mais les
résultats se veulent efficaces, en constante évolution. Et moi qui bouffe crucifères, thé vert japonais,
petits fruits et curcumine, qui visualise et médite, qui agrippe les derniers
bouquins sur la santé. Quelle jambe ça me fait!
L’idée est de fuir l’enlisement
dans le pourquoi, mais se mobiliser sur le comment : ce qu’on fait avec ce que la Vie nous
propose, le regard à déposer sur les événements inusités et incontrôlables qui
se pointent sur le palier de notre entrée. Il s’avère que je vais explorer cette couleur ignorée de mon
carnet de route, que je vais puiser dans mes ressources en tous genres. Et en
découvrir des inédites.
Et vous serez témoins de ces
élans. De ces découvertes. D’un magnolia
en fleurs. Des alliés du quotidien quand on traverse un tsunami. Espérant vous offrir une dose de caféine ou de sérotonine, c'est selon.
Déjà, je suis vermillonnée de mon
territoire amical. Des amies qui se pointent à l’hôpital, alors que je ne veux
en aucun cas « déranger » ; des amies expérimentées de la vie et
des radiations, de surcroît, qui t’amènent prendre un thé et te carillonnent
dans les oreilles qu’elles sont là, qu’elles seront là. Des fleurs, de la
tendresse, des attentions gracieuses, des mots qui s’infiltrent dans le cœur comme
dans un canyon. Et la famille, avec des
racines qui vous permettent de rester debout quand la tempête vocifère avec
frénésie, que les cieux sont sombres et hivernaux. J’ai ce qu’il faut comme
bagage pour ce voyage, même si je trébucherai dans les nids-de-poule
inévitables. Et dans l’invisible, quelque part, on se tiendra la main, se
disant des mots doux les yeux fermés.
Mes alliés du jour :
Karin Kei Nagano, Mozart piano
concertos pour piano nos 12 & 13, chez Analekta
Glenn Gould plays Renaissance
& Baroque music, Sony
Prendre une marche en croquant
une pomme, et ensuite mon thé vert japonais Sencha
Megami envoyé par mon fils de Boston.
Aimé lire, comme un bon chocolat chaud (quand on tolère le
chocolat):
Muchachas, tomes 1 et 2, de Katherine Pancol, Albin Michel, 2014
Le retour au Why Café, John P. Strelecky, Dauphin blanc, 2014
Le luthier, Alain Williamson, Dauphin blanc
Le cerveau de Bouddha : bonheur, amour et sagesse au temps des
neurosciences, Rick Hanson, Les Arènes, 2011
Détours sur la route de Compostelle, Mylène Glibert-Dumas, vlb,
2014
Sur ma table de chevet, avec une doudou :
Premier appel pour le paradis, Mitch Albom, chez édito Gallimard,
2014
Monsieur Proust, Céleste Albaret, Laffont, 2014
Une autre idée du bonheur, Marc Lévy, Robert Laffont, 2014
Onze petites trahisons, recueil de nouvelles, Agnès Gruda, Boréal
compact, 2011