vendredi 23 mai 2014

Le cancer n’est pas contagieux; l’amour, oui.

Je soutire les pétales de marguerites imaginaires : je continue, j’arrête, je continue, j’arrête, je cesse d’écrire sur ce blogue. Non,  je jouerai une fois la semaine;  zut! J’ai manqué de temps cette semaine;  je devrais me concentrer sur un plan d’avenir, un projet d’écriture bien ficelé, écouter mes personnages qui me racontent leurs histoires. Mais finalement, aussi bien le crier sur tous les toits, ça me manque un lectorat, que ce soit lors des jours grigris, ou plus pétillants; envie de sentir que je ne suis pas seule, égarée dans une forêt peuplée de dragons.

Écrire est un moment privilégié et doucereux où je peux partager les aléas du quotidien, les aventures de la vie, les bons coups qui nous font grandir, et qui nous propulsent vers la meilleure version de soi-même. Même au travers la râpeuse solitude lors d'un événement coriace.

Cette fois, je réintègre le clavier avec une nouvelle saison à traverser. Puisque je n’ai plus de garantie sur mon « body » (j’ai cherché dans mes archives et elle est expirée), je dois aller chez le réparateur, quelques fonctions à rénover. En fait, ce sera un été à passer dans les méandres hospitaliers. Six mois de chimiothérapie, de noms de produits médicaux impossibles à profiter au Scrabble.
  
J’ai demandé à ma doc si je pouvais avoir de la chimio bio, je suis fervente à la cause, j’ai dit. Elle a éclaté de rire, baskets aux pieds et génie dans la cervelle. Dévouée comme Theresa,  dans à peu près les mêmes installations vétustes, j’exagère à peine. Avec une équipe aux sourires accrochés aux lèvres. Disons que le diagnostic n’a pas le panache d’une pub pour le Club Med, mais les résultats se veulent efficaces, en constante évolution.  Et moi qui bouffe crucifères, thé vert japonais, petits fruits et curcumine, qui visualise et médite, qui agrippe les derniers bouquins sur la santé. Quelle jambe ça me fait!

L’idée est de fuir l’enlisement dans le pourquoi, mais se mobiliser sur le comment : ce qu’on fait avec ce que la Vie nous propose, le regard à déposer sur les événements inusités et incontrôlables qui se pointent sur le palier de notre entrée. Il s’avère que je vais explorer cette couleur ignorée de mon carnet de route, que je vais puiser dans mes ressources en tous genres. Et en découvrir des inédites. 

Et vous serez témoins de ces élans. De ces découvertes.  D’un magnolia en fleurs. Des alliés du quotidien quand on traverse un tsunami. Espérant vous offrir une dose de caféine ou de sérotonine, c'est selon.

Déjà, je suis vermillonnée de mon territoire amical. Des amies qui se pointent à l’hôpital, alors que je ne veux en aucun cas « déranger » ; des amies expérimentées de la vie et des radiations, de surcroît, qui t’amènent prendre un thé et te carillonnent dans les oreilles qu’elles sont là, qu’elles seront là. Des fleurs, de la tendresse, des attentions gracieuses, des mots qui s’infiltrent dans le cœur comme dans un canyon.  Et la famille, avec des racines qui vous permettent de rester debout quand la tempête vocifère avec frénésie, que les cieux sont sombres et hivernaux. J’ai ce qu’il faut comme bagage pour ce voyage, même si je trébucherai dans les nids-de-poule inévitables. Et dans l’invisible, quelque part, on se tiendra la main, se disant des mots doux les yeux fermés.


Mes alliés du jour :
Karin Kei Nagano, Mozart piano concertos pour piano nos 12 & 13, chez Analekta
Glenn Gould plays Renaissance & Baroque music, Sony
Prendre une marche en croquant une pomme, et ensuite mon thé vert japonais Sencha Megami envoyé par mon fils de Boston.

Aimé lire, comme un bon chocolat chaud (quand on tolère le chocolat):
Muchachas, tomes 1 et 2, de Katherine Pancol, Albin Michel, 2014
Le retour au Why Café, John P. Strelecky, Dauphin blanc, 2014
Le luthier, Alain Williamson, Dauphin blanc
Le cerveau de Bouddha : bonheur, amour et sagesse au temps des neurosciences, Rick Hanson, Les Arènes, 2011
Détours sur la route de Compostelle, Mylène Glibert-Dumas, vlb, 2014

Sur ma table de chevet, avec une doudou :
Premier appel pour le paradis, Mitch Albom, chez édito Gallimard, 2014
Monsieur Proust, Céleste Albaret, Laffont, 2014
Une autre idée du bonheur, Marc Lévy, Robert Laffont, 2014
Onze petites trahisons, recueil de nouvelles, Agnès Gruda, Boréal compact, 2011




mercredi 22 janvier 2014

Du givre sur le piratage


Le temps file. Le défilé du vivant me happe tout au long de la route. Elle est tout en lacets, et peuplée d’une forêt d’événements - domestiques, de santé, de famille-, et bordée d’une grande allée de sentiments. C’est vrai, mon mois de décembre s’est traduit par des fragments de convalescence – rien de très grave-, et puis les Fêtes ont pris le dessus avec ce qu’on connaît de son tourbillon.

Et au moment où je voulais souligner le début de l’année, avec des joliesses à vous transmettre et des intentions lumineuses à partager, je me suis rendu compte que mon blogue (le compte gmail) avait été piraté. Impossible d’aller sur mon site pour y travailler et écrire. J’ai évidemment cherché le sens, jusqu’à ce que mon fils accapare la bête et me déniche l’adresse pour toquer et jouer du clavier. Mode solution. Me voilà. J’aurais dû demander avant. À la fois rénovée, un peu frétillante à l’idée d’amorcer l’année avec mes projets d’écriture.

Les Lemieux, Brodeur, Flaubert et Larose sont en processus de sculptage : du salon de thé, de la librairie, de la boulangerie, du barbier. Ils font des signes (incompréhensibles, à ce jour) à Gloria, Magella et Georgia, les tantes de Justine. J’entrouvre tout doucement la porte pour les entendre. Si j’accepte que ce soit mon rôle, on verra bien où tout ça va mener.  

Je vous offre quelques plaisirs de lecture pour carillonner et faire un pied de nez à cet air glacial qui semble « hiberner » cet hiver. Ce sont des lectures qui font du bien, qui réchauffent. À déguster avec un thé, un chocolat chaud ou un cappuccino saupoudré de cannelle.

Le chardonneret, de Donna Tartt, Feux croisés/ Plon
Des pêches pour monsieur le curé, Joanne Harris (auteure du livre porté à l’écran Chocolat), Hurtubise
Passagère du silence, de Fabienne Verdier, Poche
Contes de la chambre de thé, de Sophie de Meyrac, Albin Michel
Et en voie de lecture :
L’empreinte de toute chose, Elisabeth Gilbert, Clamann-lévy
L’enfant qui savait parler la langue des chiens, Joanna Gruda, Boréal




mercredi 30 octobre 2013

Écrire avec Monsieur Gustave

Je vis désormais avec des personnages qui s’infiltrent un peu n’importe où et n’importe quand. Surtout et souvent. De nuit comme de jour. En toute saison.  Ils ont murmuré à mes oreilles sourdes et ont inquiété mes nuits depuis des lustres. 
Mais grâce à un moment de solitude consacré à l’écriture intensive, en septembre, mon cœur s’est déboutonné et a enfin entendu l’appel – en recomposition automatique- . J’ai abdiqué devant la mer de doutes. Quoiqu’il arrive, je prendrais soin d’eux, d’elles, et je leur donnerais la chance de prendre vie.

Pourtant, je sais mettre au monde. Dans la chair concrète et réelle. Mais l’espace imaginaire est peuplé d’inconnus et il se rebiffe devant les normes établies, zyeutant tous les possibles, là où mon cerveau reptilien chigne et se décoiffe.

Il faut une dose d’humilité, une ouverture profonde comme un canyon vers le lâcher-prise, un goût du risque certain pour se laisser aller le crayon de la sorte. Et à force de nommer ce désir, cette passion, de l’espérer, de le chouchouter, de le pleurer, j’ai décidé de plonger dans cette mer d’encre et de création.

Il arrive un moment où il est trop tard pour reculer. Car Justine et ses tantes Gloria, Georgia et Magella font la parade tout au long du quotidien. Elles s’installent sur mon carnet, sur des papiers froissés, cartonnés, de soie. Elles choisissent leur milieu de vie, se réunissent autour de la table, édifient leur âme, bien campées sur le canapé pour me raconter leur histoire. C’est la fête.



Les anecdotes arrivent sur un plateau, sous la douche, à l’épicerie, chez le marchand de thé, en chanson, au diapason. Je m’oblige à une qualité de présence, à vriller les idées, à tuteurer ces beaux personnages, à rejouer mon quotidien autrement. Avec monsieur Gustave qui adore les crayons, le clavier, les papiers. Qui me suit partout avec ses pattes truffées de silence, comme si je ne le voyais pas prendre son élan pour pianoter sur mon portable.



Je jubile.

mercredi 21 août 2013

La beauté dans tous ses états



 Il y a des petits matins. Des longs jours. Des nuits blanches ou noires, selon la déclinaison de la Lune ou de notre cœur. Pour maintenir le cap, cela exige quelques contorsions à la musique locale.

J’expérimente alors la fouille archéologique de la beauté. Sciemment. Son éclat caché, camouflé derrière la modestie. Ce qui n’ose pas se dévoiler. Et là, je ne parle pas des fleurs extraverties de mon jardin, de l’odeur du basilic fraîchement coupé, des muffins aux abricots séchés qui prennent leur ampleur dans la chaleur du four.
Je scrute plutôt dans les recoins. Dans les zones d'ombre. Et je déguste.

Les nouveaux linges à vaisselle aux fresques festives. Le son du gong grâce à l’application installée sur mon téléphone dit intelligent. La couleur vivifiante des petits pois surgelés lorsque je les plonge dans mon riz germé. L’idée d’un repas de couscous de manioc aux légumes pour souper et me foutre du nombre de convives. Du thé vert japonais reçu en cadeau. Mon compost qui nourrira les plantations. L’audition d’une vidéo de Jack Canfield portant sur le succès, en tolérant ne pas tout saisir de la langue anglaise. La sélection de mes projets de la rentrée tout en sachant qu’une partie seulement est réalisable. Je déguste aussi ce mouvement propulsant du rangement, d’élagage. En écoutant du clavecin, tiens donc.




Et je respire profondément au son du gong qui me rappelle, chaque demi-heure, que je peux faire « reset », dire oui à ce qui m’élève et choisir ma direction, même si je me suis égarée un peu…







dimanche 9 juin 2013

Barcelone, la gracieuse


Je reviens à mes Billets presque sur la pointe des pieds. Il y a si longtemps. Mon clavier s’est entiché de menus gourmands depuis l'hiver et il a humé toutes les saveurs de la cuisine. Mais voilà que mon blogue me titille, jusqu’à la nuit qui me souffle des propositions d’écriture. Je m’y remets, donc, m’abandonnant à cette hardiesse avec laquelle je semble ne pas avoir de contrôle.

Je reviens envoûtée d’un voyage au pays de la magie. Barcelone, la voluptueuse, la gracieuse, tissée d’art et de culture. L’architecture avec un grand A. Ville de beauté à s'en étourdir. Chaque regard nous fait ralentir le pas devant tant d’effets.
Sur les traces de Gaudi et ses acolytes,  on est subjugués dans un dialogue avec la créativité : les lampadaires, les maisons, les parcs, les ruelles, les balcons, la musique à chaque parcelle de pierre, les vitraux qui nous éclairent sur le temps et le labeur des artisans qui ont consacré des siècles à l’édification de cette ville. Un pays de génie.






Je reviens reposée, ravigotée, truffée d’images et de saveurs. La Boqueria, les tapas, la paella, le bon vin de la Catalogne.


Mes papilles ont refait le plein sans être au fourneau. (J’ai même craint de ne plus vouloir rentrer). Mais, finalement, on a besoin de réintégrer le « nid » afin de s’imprégner des découvertes, de faire sien ce qui nous a tant impressionnés.

Je reviens dans le « connu », dans mes repères, après avoir tant aimé me perdre dans les ruelles du Barri Gotic. 


Heureuse de revoir mes amours, avec un clin d’oeil différent, celui d’une mère qui a pris de son aise, qui a chaussé un territoire perso délaissé depuis belle lurette.


« Home sweet home », me voilà. Et j'écoute en boucle cette chanson Home.(Je sais, il n'y a pas de lien avec l'Espagne, mais avec la joie de revenir)