jeudi 1 décembre 2016

Je n'ai jamais aimé les départs

La vie est constituée de cycles. 
Une boucle spiralée qui nous propulse un peu plus en avant, avec une discrète -ou parfois virulente- poussée. C'est selon.

J'écris. Encore. J'écrirai toujours. À ma manière.
Parfois, par contre, tout se cristallise. Une constellation intérieure figée dans le moment, un combat avec un quotidien revêtu d'une cape de vampire de réalisations.

Pour atteindre le format et la forme d'écriture que je souhaite, des choix s'imposent. S'égarer dans la forêt des aléas de santé, d'énergie, de vie de famille et d'aspirations en tous genres, ne génère qu'une liste de to do non cochée le crépuscule venu, que du stress anti-productif.

J'ai débuté ce blogue en janvier 2010, bientôt sept ans au compteur. Les premières années, j'ai plongé à fond dans la rivière, y consacrant tout mon temps et mon énergie. Quelques tsunamis plus tard, la cadence de rédaction de ces billets est au petit trot. S'impose un vivifiant besoin de changements, comme de focaliser sur les personnages qui hurlent dans le placard, et me menacent de quitter la maisonnée si je ne les mets pas en scène. 

Et aussi, parce que je veux revisiter ces Billets de saison, les inviter à la table en leur concoctant des menus. Des plats qui confortent et vitalisent. Que vous pourrez humer et tester.  

Et encore, parce que je succombe à certaines propositions de rédaction-révision d'histoires. 

(Et parce que l'hôte du serveur Blogger m'avise que la mémoire est pleine, que je dois m'abonner dans une autre version ). L'occasion de remettre les pendules à l'heure, que je me suis dit.  

Je pars donc en janvier pour deux mois d'écriture en solo. Du thé plein les bagages, bouquins, carnets et crayons fétiches entre vêtements et baskets.



Je reviendrai vous jaser d'une autre manière, avec des nouveaux atours. Cette solitude est nécessaire, n'ayant trouvé d'autres formules magiques. L'heure du test a sonné.

Je marche sur des pointillés...
Je n'ai jamais aimé les départs.

Sur ce lien, je mentionnerai où je me trouve, espérons-le sur mon X.

Je vous remercie du fond du coeur pour vos commentaires, vos éloges, vos partages, votre présence si bienveillante.
C'est un peu comme si j'avais eu la permission de mettre au monde une nouvelle version de ma palette d'écriture, sous votre regard enchanté de lectrices et lecteurs.









samedi 20 février 2016

Mon Ali, mes amis, mon ennui

Je suis revenue depuis deux semaines, mais il semble que ce matin, je le réalise. D'aplomb.

C'est tellement blanc ici, une illusion de paradis ouaté (quoique le mien serait coloré d'un amalgame de bleu pétant et de vert allegro). Comme là-bas.

J'avais tout de même prévu l'atterrissage en cata, le syndrome du Retour, le tsunami domestique, donc je m'étais assurée de préserver, dans un espace reclus de mon cerveau, des images évocatrices et une routine d'écriture construite là-bas à coups de solitude, de rêves nocturnes et éveillés, de flashs venus de nulle part (ou de l'invisible), de rencontres hasardeuses qui n'en sont pas, bref, tous ces états confondus en présence de mes témoins privilégiés. Qui d'autres qu'eux, avec des yeux en accent circonflexe, oseraient s'offusquer: Gloria a fait ça ??? Noooon...

J'ai réussi le pari de quitter cinq semaines, seule, et d'y trouver mon rythme, mon silence; mon besoin de nature, celui de me délester de certains préjugés, de faire un plongeon dans mon imaginaire et de lire jusqu'à satiété.

Et là, ici, repue de mon petit déjeuner, de mon troisième thé vert japonais, je m'ennuie de mes amis. 

Je fabriquais un peu plus mon histoire de matin en matin. Ils étaient les complices de cette aventure. Mes personnages revenaient en douce, par tranches d'anecdotes, d'événements, de rencontres, d'expressions. Jamais comme il y a deux ans, avant la Chose, où Georgia, Magella et Gloria me soufflaient à l'oreille un pan de leur histoire de vie. Je crois que les quatre filles du Dr. Lemieux m'ont carrément fait savoir qu'il était temps de les mettre en scène. Que c'était à mon tour de faire le boulot. C'est ainsi que L'Anse-aux-Chênes s'est animé sur la pointe des pieds, sur des bouts de papiers, des cahiers, avec des encres de choix, en synergie avec le compost de mes ébauches.



Mais pourquoi, quand je reviens ici, je suis aux prises avec la peur du ridicule? Une trouille bleue, comme la mer de St-Pete. La vastitude et la liberté.



Alors je zappe et retourne là-bas : mes marches dans le Boyd's National Park, où j'ai rencontré Eugène. Où je me suis avancée le plus près de lui, avec la naïveté d'une urbaine en quête d'un souvenir mémorable. Jusqu'à ce que j'apprenne que les Eugène de ce monde courent vite, même s'ils semblent ... dormir!

Eugène, je l'ai appelé
Me branche aussi sur la magie qui a opéré dans un envoûtant boui-boui où j'ai cru reconnaître l'énergie de Justine, mon personnage, qui m'a servi le meilleur Chardonnay qui soit. Soirée mémorable. Mes amis, je vous adore!

Chattaway
Pourtant, ici ou là, je demeure la même, avec les enjeux et le pouvoir de créer.
Avec le risque. Et ce plaisir fou à patauger dans l'imaginaire et la création!
Que ce soit blanc, bleu ou vert.

Il ne reste qu'à gagner la bataille face à l'ogre du quotidien, face aux pressions sociales, face aux images surannées de success story.

Une vie authentique, quoi!

vendredi 22 janvier 2016

Comme par magie

Comme par magie,

J’ai terminé l’année 2015 en prenant la décision de mener ma guérison sur des sentiers que je baliserais moi-même. C’est le plus beau cadeau que j’aie pu m’offrir. Une fois débranchée des intraveineuses, et branchée sur une panoplie de gestes d’amour et de santé, je me suis délectée du livre de Elisabeth Gilbert, Comme par magie. Les liens ne sont pas décousus comme cela semble l’être.

Sunken Gardens, St-Petersburgh

Son essai porte sur le processus de création. J’ai été portée pendant des semaines par sa vision, sa définition d’une vie créative. D’après l’auteure, les idées sont vivantes : elles cherchent un lieu – un nid - pour s’implanter et se développer. Sortons nos antennes, chers amis, des découvertes potentielles voltigent au-dessus de nous et cherchent preneurs. Si vous développez cette idée et consacrez du temps et de l’énergie à son expansion, l’étincelle deviendra feu. 

Par exemple, elle raconte avoir entendu une histoire incroyable de construction de route au Brésil et de là, elle invente un roman, avec ses personnages et une intrigue amoureuse. Suite à des complications d’immigration de son amoureux, elle va le rejoindre en Australie, et quitte son roman pendant plus d’un an. « Au retour, on aurait dit que je m’étais fait voler le roman. Il n’avait plus d’âme, je n’avais plus de contact avec les personnages. Ils avaient quitté ». Et deux années plus tard, une amie de Californie lui raconte, lors d’un séminaire, son histoire en cours. C’était cette même histoire, à quelques nuances près! Et Elisabeth Gilbert n’avait jamais partagé ses plans de roman à personne. L’idée avait changé de nid, d’après elles, lorsqu’elles s’étaient quittées en se serrant dans les bras l’année précédente.  Intéressant, non?

Comme par magie, j’ai pu trouver une maison pour écrire pendant cinq semaines. Un lieu où, grâce au ciel, je reprends contact avec mes personnages, leur histoire, en décryptant mon rythme d’écriture (ou de création). Une force tentaculaire de la vie. C’est la dose parfaite de solitude dans un écrin d’affection, avec mon amie Mona, près d’ici.

En prime, grâce à  son sens d’orientation éclectique, anti-boussole intégrée et en conflit avec son GPS, la magie opère : on fait des visites imprévues, des découvertes fabuleuses de beauté, pour mon plus grand bonheur. Je deviens une machine à observer, à capter les conversations, les sons, les odeurs, les décors et paysages, bref, j’ai le bonheur de me raconter des histoires. Toutes les histoires que je veux.

Et je reprends mes marches quotidiennes, dans cette météo clémente, ce qui me donne des ailes tout en prenant racines dans mon essence. Un genre « feel good life ».





lundi 12 octobre 2015

Monsieur K, mon chevalier


Il est intense, c’est vrai. Parfois résistant et coriace, avec un côté rustique. Il arbore une allure de gaillard, passe parfois inaperçu aux côtés de ses collègues plus colorés et attrayants en surface. Depuis belle lurette, il fait  partie de nos racines.  Relégué aux oubliettes, car des usurpateurs fringants lui ont volé la vedette.

Mais de sa force brute il s’est dressé sur sa colonne, avec le panache des grands. C’est un disciple de la main de fer dans un gant de velours.

J’avoue l’avoir sous-estimé. Sous l’effet des tropiques, il devenait mollasse et revêtait une robe d’amertume. Je l’avais abandonné à l’orée d’une forêt dense de verdure, jusqu’à ce qu’un jour, on me le présente sous un autre jour. Une version améliorée de sa race. Et ce fut le coup de foudre énergétique. Foudroyant.




Depuis, je ne peux plus vivre sans lui. 

Je le presse ou le chiffonne et voilà qu’il m’offre son divin nectar truffé de minéraux, d'oligo-éléments et de vitamines, de quoi fournir ma dose d’antioxydants et d’anti-touttttte.



Monsieur kale, vous m’avez redonné mon énergie, mon élan du matin, mon spring pour marcher et faire du yoga. Je suis accroc aux bienfaits promus dans mon système. Après seulement quelques semaines de fréquentations quotidiennes, je constate des changements. Je vous amalgame à d’autres de votre espèce, quoique plus discret aux papilles, à des collègues fruités comme la pomme, et vous produisez une quintessence verte digne des olympiques. Je suis convaincue des propriétés fabuleuses des jus verts qui, de plus, nous titillent la créativité.

Par exemple, à l’extracteur à jus :

4-5 feuilles de kale
2 branches de céleri
½ concombre
1 -2 pommes
Morceau d’anis (fenouil) ou de quelques tiges de persil
Pousses ou germinations (facultatif)

Au mélangeur :

2 tasses de lait d’amandes (ou autre lait végétal)
1 banane
Une poignée de kale coupé (après avoir enlevé la tige) ou d’épinards, son rival
La moitié d’une botte de persil
2-3 dattes

 Vitalité garantie!


jeudi 27 août 2015

La maternité en lycra, prise 3

Après quelques plaintes à dame Météo, j’ai eu le bonheur de patauger dans la canicule. Mon vœu a été exaucé. Aux zoizeaux, j’ai fait des postures de gratitude à l’Univers pour l’extension estivale - qui n’avait pas vraiment eu lieu, ce qui donnait l’impression qu’on poinçonnait mes cellules et mes os. Je me délecte en marchant en « tenue légère », hymne à la gazelle heureuse.

Ces Celsius m’ont préparé et me réchauffe encore face au grand vent de changement automnal.

Des sacs en tous genres, dodus, non classés ni identifiés, abandonnés dans les recoins des pièces, à argumenter avec les minous de poussière, épicent la maison. Ça fleure les départs, ça chauffe un peu, ça hume la transition, une odeur cartonnée d’effets scolaires qui s’emboîtent plutôt que de s’empiler sur les tables de travail des chambres. On arrive au prochain arrêt. La maison se vide avec le calendrier scolaire qui s’étiole aux quatre vents.

C’est pourtant pour une magnifique cause.

C’est pourtant vers de belles avenues.

C’est pourtant tout ce que je rêvais pour ma tribu – que chacun trouve sa voie, sa passion, et fonce droit devant.


Pourtant, je me retrouve dans un espace que je ne connais pas (quoique invitant à un ménage du siècle, préparez-vous à une vente du tonnerre). Le chakra du cœur vrille, fait des arabesques, des splits et même des squats. Si la partie fessière de mon corps en faisait autant, ce serait merveilleux pour ma muscu, mais là, c’est une autre histoire.

Et de Un, l’aîné squatte toujours à Boston dans les dédales de Harvard. Il est heureux avec sa fiancée, enfourche son vélo quotidiennement en narguant la Charle’s River vers son labo à la recherche de la mutation d’une bactérie gentille. Je crois même qu’il trouve des choses étonnantes. S’il me lit, il doit un peu s’étouffer et dire à ses collabos que je n’ai rien compris à son doctorat.

Et de Deux, le retour à Sherbrooke pour ma fille pour sa troisième année du bacc en psycho et qui doit explorer pour la suite, ne sachant quel programme sera élu pour sa Maîtrise. Quelques données manquantes, dues au fait qu’elle aime trop de choses, de domaines, et qu’elle devra choisir. Pas facile, la passion, surtout après un séjour d’études en Europe, clôturé par un voyage en Grèce et en Irlande, sac et « tout est possible » sur le dos.

Et de Trois, et non le moindre, le benjamin qui fait un 180 degrés dans un temps record – admission et choix de résidence – vers Ottawa. Les relations publiques et communication, voilà le département qui l’accueille avec toute la verve et «  l’entertainment » de ce milieu. Déposé l’étudiant dimanche dernier.

Et samedi la coccinelle.

Il y a des bulles de silence que je ne connais pas. Des gazouillis de textos qui remplacent la présence. Monsieur Gustave patrouille les recoins à la recherche des êtres « manquants ».



La vie communautaire prend des allures de provisions de potage à emporter au terminus. Les objets placés demeurent inanimés, sensation des plus étranges. Pas de gueuletons à minuit, pas d’entrées nocturnes, ni de chantiers dans la cuisine après un tsunami d’appétit insatiable. La machine à lessive – de type commercial- semble désuète. Je m’étonne au petit déjeuner qu’il reste du pain cuisiné la veille. Il faudra que je ralentisse la production à défaut de quoi j’aurai pignon sur rue d’un « Prêt à déguster ».

C’est une nouvelle et immense étape. De quoi perdre ses repères et aller dénicher sa soie pour danser de nouveaux pas. Pour l’instant, il n’y a que le bruit du clavier et l’écho de la vie familiale joue en sourdine.


DÉCOUVERT et ADORÉ: L’auteur François Lelord et sa recherche du bonheur. Le voyage d’Hector, Hector veut changer de vie, Le nouveau voyage d’Hector, chez Odile Jacob. Le film Hector à la recherche du bonheur, tiré du livre, est une bouffée d’air frais.

SUR LA TABLE DE CHEVET : Un monde flamboyant, de Siri Hustvedt, Actes Sud; La santé repensée, Dr Gaétan Brouillard, ÉD. De l’Homme; Les quatre saisons de l’été, Grégoire Delacourt, chez JC Lattès.

DEVENUE ACCRO : au Marché public, avec tous les magnifiques produits locaux qui pétillent de couleurs et de saveurs.



BU : des tas de smoothies et de jus verts et expérimenté la pousse d'herbe de blé. J’espère ne pas avoir imprimé des traces de kale et de curcuma sur les lèvres.

À FAIRE : ménage, rangement, épuration d’objets inutiles. Préparer une vente-débarras.

CALENDRIER : Pour la première fois depuis vingt ans, je ferai mon calendrier perso de rentrée de septembre. Et boirai mon thé vert japonais en écoutant Glenn Gould avec Monsieur Gustave installé sur le rebord de la fenêtre.

FOCUS : Démentir les pronostics.